Guy Bedos devant ses livres, dans son appartement de l'île Saint-Louis. Le soleil entre dans le bureau, la vue donne sur la Seine. Bedos est en verve, animé par sa bibliothèque. Cigarette à la main, il parle volontiers de sa rencontre déplaisante avec "Mort à crédit" et "l'Ecole des cadavres" de Céline, à l'adolescence. Il se rappelle la lecture de Maupassant durant sa grêve de la faim, à l'époque de la guerre d'Algérie et les découvertes fondamentales, Camus, Hugo et surtout les auteurs dramatiques : "Avec Shakespeare, Beaumarchais, Musset, quand je suis élève de la rue Blanche, j'ai l'impression de faire Sciences- Po !". Bedos l'autodidacte évoque Mitterrand qui "préférait les livres à l'exercice du pouvoir" et lui disait : "Vous aimez les livres sur l'amour ? Vous avez lu Jules et Jim ?" L'humoriste répondait "Oui, Président, j'ai vu le film aussi", sans comprendre à l'époque "que Mitterrand livrait des indices sur sa vie privée"... Le comédien évoque ses lectures, mais ne peut s'empêcher de partir dans des digressions politiques qui le caractérisent. Il n'aime pas l'époque que nous vivons. Il n'aime pas non plus la rue de Solférino. Paumé, déçu. "Je méprise beaucoup de gens". Bien sûr, il évoque le gouvernement. Il appelle Fillon "le mime Marceau ressuscité" et le Président : "Nabotléon". Il s'énerve contre "les gamins des banlieues qui tirent en vrai" car il craint que le pouvoir en place n'utilise lui aussi les armes, "avec cet Hortefeu à volonté!". Dans la minute qui suit, il avoue rechercher l'intelligence et le savoir auprès des intellectuels. Bourdieu l'appréciait et ils se parlaient. Aujourd'hui, c'est Onfray qui lui apprend la philo. D'un coup, c'est l'image de Marcello Mastroianni qui surgit : "Il n'en pouvait plus de séduire les femmes, vraiment! Il me disait, avec dépit : je suis un excédé sexuel!" Bedos a de la mémoire. Il se souvient de son désir de jouer un rôle politique, au début des années 80, "mais j'avais la grosse tête, à l'époque. Ma femme et mes enfants m'ont ramené à la réalité : je suis un arlequin, et c'est mon meilleur rôle. Comediante, tragediante!".En partant, j'aperçois un petit mot sur la table. C'est la fiche que Bedos a griffonnée avec les noms d'auteur qui comptent. Manifestement, il avait préparé l'entretien, comme en témoigne sa sélection manuscrite ci-jointe, elle rappelle les fiches qu'il sort de sa poche pour ses revues de presse, en scène. Diffusion de la bibliothèque de Guy Bedos : vendredi 30 novembre. Elle est conservée en archives, vous pouvez la réécouter si vous le souhaitez.

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