Manu Larcenet dessine des hommes avec des grands nez, et là dans Blast, un homme obèse. Il raconte souvent des vies qui ressemblent à la sienne. Le personnage de Blast, Polza Mancini, lui ressemble physiquement: il est rond et chauve (mais Larcenet vient de perdre vingt kilos, alors...) C’est un solitaire, un marginal interrogé par la police qui déroule son histoire. Pour la troisième fois, nous suivons les aventures de cet homme ivre, souvent, sous médicaments depuis la mort de son père, cet homme qui a tout quitté : sa femme, sa maison, son métier d’écrivain culinaire pour une vie de SDF.

En interview, Larcenet évoque volontiers ses propres années d’enfant dépressif, ses années punk remplies de la haine de soi, le rejet de son corps massif, sa peur de sombrer dans la folie et la marginalité, et c’est comme si, dans "Blast", par le dessin, par ses aquarelles, des noirs, des blancs, des gris et un zeste de couleur parfois, il réussissait à donner une forme à ses cauchemars.

Quitter la société a pu attirer le dessinateur et son personnage, ici, jouit souvent de sa solitude et de sa capacité à observer pleinement la beauté d’un paysage ou d’un oiseau. Il contemple mieux que personne. Mais son quotidien est terrible. Dans ce troisième volume, il raconte les attaques dont il a fait l’objet, le viol qui l’a traumatisé, l’envie de mourir en fonçant tête la première sur l’autoroute, l’amour qui lui est tombé dessus. Le propos est fort, violent, profond, la parole est rare car Larcenet laisse surtout parler le dessin, l’aquarelle qu’il maîtrise admirablement avec un sens de la matière exceptionnel. Chaque vignette est une œuvre en soi, un tableau devant lequel on prend son temps. Parfois, 6 pages se suivent sans qu’aucun mot ne vienne troubler le dessin. Avec ces tons si sombres, on devine ce que cet homme éprouve.

L’un des grands admirateurs de Blast, c’est l’écrivain Daniel Pennac. Fan des noirs et blancs de Larcenet et de sa manière de décrire, avec de l’encre, le temps, la durée, écoutez:

Larcenet dit souvent qu’il parle bande dessinée depuis l’enfance, que la bd est son langage, c’est de plus en plus vrai. A chaque projet nouveau, il progresse. On perçoit une maturité dans le récit, dans la qualité du geste du dessinateur. Son "Blast" est noir, mais pas glauque. L’amour peut transformer Podzi, c’est évident. Et si l’on s’attache autant à ce personnage tragique, c’est qu’avec l’humanité qui est la sienne, Larcenet tend un miroir au lecteur: qui sait si nous ne deviendrons pas, un jour, ce personnage marginal et solitaire ?

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