Temple mondial de l’édition jeunesse, la « Bologna Children's Book Fair » (Foire internationale du livre jeunesse) se déroule à Bologne du 25 au 28 mars 2013.

Bologne
Bologne © Radio France

Texte Sylvain Alzial, Documentation de Radio France

Cette institution qui fête cette année ses cinquante ans, attire chaque année des milliers de professionnels du livre jeunesse venus des quatre coins du monde : éditeurs, illustrateurs, graphistes, libraires, agents littéraires et journalistes .

Rencontre avec quelques éditeurs, parmi les 80 de la délégation française.

Pour Marie-Claude Réau, directrice éditoriale documentaires-BD chez Bayard éditions jeunesse , « se rendre à Bologne permet de mesurer, chaque année, la "santé" du marché du livre, de faire une veille concurrentielle, rencontrer les gens du milieu. Pour les éditeurs, c’est le moment de glaner des projets de coédition qui permettront d’enrichir le catalogue de projets originaux, et pour notre service de ventes à l’international, c’est évidemment l’occasion de nouer des liens avec de nouveaux partenaires étrangers afin de vendre notre production. ». Point de vue également partagé par Christine Morault, co-fondatrice des éditions Mémo et plusieurs fois primée pour ses albums d’une très grande qualité artistique, « nous vendons chaque année plus de droits, après des débuts plein de naïveté !_ _J'y retrouve chaque année des amis et des compagnons de route, de petits éditeurs qui comme nous naviguent au plus près entre enthousiasme et appréhension. .. ».

Si la Foire de Bologne reste fondamentalement une place stratégique pour la vente de droits (d’après l’universitaire Luc Pinhas la littérature anglo-saxonne constituerait 75 % des acquisitions mondiales), elle n’en demeure pas moins un lieu agréable et convivial, un observatoire idéal pour y découvrir le travail des éditeurs étrangers, mais aussi pour détecter les nouvelles tendances du livre jeunesse. « Ravie de découvrir l'ensemble des éditeurs jeunesse et de mesurer la forte créativité de ce secteur », déclareVéronique Cazeneuve, fondatrice des éditions A dos d’âne (documentaires), dont c’est le premier Salon cette année.

Concernant le documentaire jeunesse, observe Marie-Claude Réau, secteur qui pâtit d’une baisse générale des ventes depuis quelques années, « nous sommes dans une recherche de nouvelles formes : livres-objet spectaculaires, coffrets, mallettes… tout est permis ! »

Aujourd’hui, souligne M-C Réau, « les éditeurs semblent vouloir élargir leurs territoires visuels et ouvrir leurs catalogues à des publics plus variés, allant parfois du “très grand public au plus élitiste … ».

Un français en lice pour le BOP, prix du Meilleur Editeur

Magnier
Magnier © Radio France

La délégation française, particulièrement bien représentée à Bologne avec plus de quatre-vingt maisons d’édition, est récompensée cette année par plusieurs prix prestigieux. A l’exemple de Thierry Magnier, figure de proue de l’édition jeunesse en France, fondateur de la maison éponyme en 1998, et actuel directeur deséditions Actes Sud junior, qui figure sur la liste des nommés pour le BOP (« Bologna Prize for The Best Children’s Publishers of the year), aux côtés de Baobab & Gplusg Ltd (République Tchèque), Edizioni El (Italie), Beltz & Geldeberg (Allemagne) et Planeta Tangerina (Portugal).

Ce prix, réparti en six zones géographiques et créé à l’occasion du 50ème anniversaire du Salon, récompense le meilleur éditeur jeunesse du monde. « Cela prouve qu’en France on n'est pas mauvais »…constate humblement Thierry Magnier, pour qui le livre pour enfants doit être avant tout servi par du « vrai texte » et ouvert à de multiples expressions artistiques.

Familière des lieux depuis une dizaine d’années, Christine Morault reconnaît la qualité incontestable des éditeurs français, aux côtés des coréens, dans cette création éditoriale :

Panier
Panier © Martinière jeunesse

« Ce foisonnement doit beaucoup à des politiques incitatives et une chaîne éditoriale encore vivante, mais des créateurs singuliers naissent partout, souvent moins formatés et plus surprenants : des iraniens, des libanais, des polonais et des mexicains, parmi bien d'autres... »

Les Editions Thierry Magnier, ont également été distinguées dans la catégorie Non-Fiction par un « Bologna Ragazzi Award » (sorte de « Prix Goncourt » du livre jeunesse), pour l’album Dictionnaire du corps conçu par Katy Couprie, ainsi que les éditions Hélium et La Martinière Jeunesse, pour leurs albums Toutes les maisons sont dans la nature de Didier Cornille, et Dans mon panier de Judith Nouvion illustré par Florence Guiraud.

5 questions à Frédéric Lavabre, directeur général des éditions Sarbacane

La Foire internationale de Bologne fête cette année ses 50 ans. Depuis combien d’années fréquentez-vous ce Salon ? Que représente ce Salon pour votre maison d’édition ?

Frédéric Lavabre: Sarbacane est présent à la Foire de Bologne depuis l'an 2 000, ce sera donc notre treizième Bologne. Nous sommes d'abord venus comme "simples observateurs", pour sentir et comprendre le marché international, repérer les éditeurs étrangers susceptibles d'être intéressés par notre production... puis à partir de 2002 (un an avant la mise en vente de nos premiers ouvrages, parus en mars 2003) pour présenter nos titres et projets, en "avant première". Nous louons depuis le début, un espace sur le stand du Bief (Bureau international de l'édition française), qui promeut l'édition française à l'étranger. Ce salon est donc un rendez-vous indispensable, incontournable. La vente de droits représentant pour nous un chiffre d'affaire important. Et puis, il nous permet aussi de sentir ce qui se fait partout dans le monde et à ce titre c'est tout à fait passionnant.

sarbacane
sarbacane © Radio France

Quelles sont selon vous, en 2013, les grandes tendances du marché du livre pour la jeunesse ?

Frédéric Lavabre: Les tendances bougent, évoluent sans cesse, et comme ailleurs, il y a des effets de mode. Il y a deux ans c'était les livres pop up, cette année il semblerait que ce soit les livres en petite enfance. Il est certain que plus vous avez un livre avec des "plus produits ludiques" (flaps, tirettes, pop up...), plus vous avez de chance de le vendre sur un marché international. Chez Sarbacane, nous sommes plus dans une démarche de fond que de forme, même si les deux peuvent se rejoindre. Par exemple, nous proposons cette année un grand livre d’activités sur le cirque pour les petits, créatif et beau, Gommettes Circus d'Anne Lise Boutin (des bonhommes à fabriquer soi-même, avec 6 maxi-planches de gommettes repositionnables), plus une appli disponible sur l’Appel Store. Mais c'est le fond qui a induit la forme, pas le contraire.

Quels sont pour vous les pays les plus créatifs en matière de création éditoriale ?

Frédéric Lavabre: La France déjà, dont la spécificité française du prix unique, a permis à la librairie indépendante de se maintenir et donc aux éditeurs de proposer des livres créatifs, ce qui ne serait pas le cas sur un marché où l'offre serait centralisée, comme en Angleterre par exemple; mais aussi de nouveaux pays européens l'Espagne, l'Italie et le Portugal (depuis 2/3 ans); en Asie, le Japon, depuis longtemps, la Corée depuis (1/2 ans)...

Peut-on repérer de nouveaux champs d'expérimentation et d'innovation dans l'illustration contemporaine ?

Frédéric Lavabre: Toujours ! Après il faut qu'ils restent compatibles avec un marché. Un livre jeunesse ne peut être qu'un lieu d'expérimentation, ce n'est pas un catalogue d’art contemporain. Chez Sarbacane nous faisons le pari de proposer à un public, un public d'enfants, à la fois une offre innovante, créative et surprenante, à travers des textes forts et de qualité, écrits par de vrais auteurs, des sujets variés pour accompagner les différents moments de la vie, des illustrateurs au talent étonnant... Autrement dit, l’exigence à la portée du plus grand nombre : au bout de la Sarbacane, il y a l’envie d’aller loin, de toucher juste, de piquer l’intérêt et la curiosité.

La radio en France est-elle un média qui rend suffisamment compte de l’actualité éditoriale du livre jeunesse ?

Frédéric Lavabre: Oui, vraiment, même si bien sur on souhaiterait "toujours plus". Mais Radio France, France Inter et France Info en l'occurrence, en rendent compte, ce qui n'est pas le cas des autres radios ou des autres grands supports de presse écrite, comme Le Monde ou Libé par exemple . Mais de façon générale, le livre jeunesse reste vraiment le parent pauvre des medias (ce qui n'est pas le cas de la littérature adulte, voire de la BD), ce que je m'explique mal.

Liens

Foire Internationale du livre jeunesse de Bologne>

Sur France Inter, L'as-tu lu mon p'tit loup?>

Editions Thierry Magnier>

Editions Bayard Jeunesse>

Editions Memo>

Editions A dos d'âne>

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