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Logo BD égalité © BD egalité / Julie Maroh
**BD : quatre dessinatrices distinguées par la ministre de la Culture Fleur Pellerin refusent le titre de Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres, Riad Sattouf et Marguerite Abouet l'acceptent, mais comptent bien en profiter pour donner de la voix.** Le milieu de la BD n’en finit pas de bouillir. [Après les polémiques sur l’absence de femme dans la liste des Grand prix](http://www.franceinter.fr/depeche-grand-prix-d-angouleme-des-dessinatrices-appellent-au-boycott), [celle du canular du faux palmarès en pleine cérémonie de remise des prix](https://storify.com/franceinter/angouleme-2016-comme), le refus des distinctions par des auteures suscite la discorde. À l’issue de sa visite officielle au Festival d’Angoulême, la ministre de la Culture Fleur Pellerin avait distingué huit auteurs de BD : **Julie Maroh, Chloé Cruchaudet, Aurélie Neyret, Tanxxx et Marguerite Abouet, Christophe Blain, Mathieu Sapin et Riad Sattouf** . Et élevait l’éditeur**Jacques Glénat** du rang de chevalier à celui d’officier. ### Le ministère voulait récompenser > Des "**symboles du talent français** " qui "incarnent une bande dessinée engagée, en prise avec le quotidien, exprimant les inquiétudes et les enthousiasmes de leurs auteurs et de leur époque".__ **Parmi eux cinq femmes, dont quatre refusent aujourd’hui la distinction de chevalier des Arts et des lettres : Tanxxx, Julie Maroh, Aurélie Neyret et Chloé Cruchaudet.** ### La réaction de Tanxxx > Chevalier, mon cul ! Que crève l'État et le ministère ! Il doit se dire que les artistes doivent être assez cons et obnubilés par leur petit ego de merde que leur refiler un titre ça doit les flatter ? Après l’armée qui chante “Le Temps des cerises”, la Commune commémorée en rebaptisant une station de métro, demain on nous annoncera qu’on va donner la légion d’honneur aux Goodyear. ### Celle de Julie Maroh > Les auteurs et les autrices de bande dessinée **ne veulent pas de médaille en chocolat** de la part du gouvernement, nous voulons du dialogue et des mesures concrètes. Alors que la plupart d’entre nous **étouffent dans un métier précaire voire sous le seuil de pauvreté** – et désormais sous la menace RAAP [régime de retraite complémentaire] –**on voudrait en plus nous faire payer 100 euros pour une médaille et la cotisation annuelle qui va avec ?** ! Je ne peux pas croire que ce soit la réponse de notre ministère à nos appels de détresse. ### Pour Aurélie Neyret__ > La surprise et l’incompréhension laissent vite place au sentiment d’être utilisée pour faire un coup de communication. **Cette promotion groupée se veut une réponse à la polémique sur les femmes dans la BD, ce n’est rien d’autre que ça.** Les auteures dans cette liste sont toutes signataires de la Charte contre le sexisme, Riad Sattouf et Christophe Blain ont été parmi ceux qui se sont retirés de la liste originale des sélectionnés au Grand Prix qui ne comportait aucune femme. ### Chloé Cruchaudet : > Première raison. Je suis radin. Pour être chevalier, il faut payer la médaille. Même dans un concours de pétanque entre smicards qui n’ont pas un rond, on ne fait pas payer le trophée… Plus sérieusement, alors que les chiffres alarmants des états généraux sur la paupérisation du métier d’auteur de BD viennent d’être publiés, je trouve ça un poil indécent. Deuxième raison. Comme le dit très bien Aurélie Neyret, il s’agit d’une récupération politique. Les promus sont tous signataires de la chartes contre le sexisme, on dirait qu’ils ont pioché, un peu au hasard, dans le tas. [...] Je n’aurais donc pas le plaisir de faire partie de cette noble institution, crée par Malraux à la base, (il doit se retourner dans sa tombe à chaque annonce des éligibles) aux cotés d’autres chevaliers des arts et des lettres comme Nikos Aliagasou Shaka ponk. Il aurait peut-être été plaisant de boire une coupette avec ces chevaliers prestigieux, mais j’ai fait mon choix. Le hasard veut que je travaille en ce moment sur la période des croisades, avec des armures, de blancs destriers… Je vais rester avec ces récits plein d’esprit chevaleresque**, et ne pas me polluer la tête avec ces pseudo-récompenses factices qui mettent mal à l’aise tout le monde.** Et encore une fois, il y a tellement d’autres manières beaucoup plus efficaces et concrètes d’aider les auteurs. » ### De son côté, le dessinateur Riad Sattouf, accepte... mais avec des réserves > Je l'accepte avec plaisir. D'origine franco-syrienne, **et venant d'un milieu modeste, j'ai grandi en étant aidé par l'État républicain: je lui dois plusieurs décennies d'allocations familiales** , sans lesquelles je n'aurais pas mangé, plusieurs décennies d'aides au logement, sans lesquelles je n'aurai pas eu de toit, et plusieurs décennies de bourses scolaires diverses et variées, sans lesquelles je n'aurais pas fait d'études. Grâce à ce soutien, aujourd'hui je fais ce que je souhaite : écrire et dessiner des bandes dessinées, et payer des impôts pour que d'autres puissent également continuer de bénéficier de ce fragile soutien. En cette période où l'État républicain est attaqué et fragilisé de toutes parts, moi, j'ai plutôt envie de lui dire merci : j'ai mon sens de la reconnaissance. Je**profiterai donc de cette occasion, aussi, pour pouvoir parler directement à la ministre actuelle, de la réforme du RAAP (régime de retraite complémentaire des artistes et auteurs professionnels) et de l'appauvrissement des auteurs, et exiger des réponses claires de sa part.** ### Marguerite Abouet reçoit la distinction avec joie : > Je suis reconnaissante au ministère de la Culture pour ce geste d'encouragement vis à vis de notre profession qui souffre, de précarité. **Je la considère de ce fait, comme un gage de bonne volonté.** Pour ma part, je préfère en toutes circonstances **voir s'allumer des lumières, plutôt que de maudire sans cesse les ténèbres.** La réception de ce prix est une occasion opportune de rappeler aux autorités, et aux institutions de la Culture la légitimité de notre mouvement sur la réforme du RAAP. Ces distinctions interviennent dans un contexte de précarisation de la profession. [Une enquête réalisée](http://www.etatsgenerauxbd.org/wp-content/uploads/2016/01/EGBD_enquete_auteurs_2016.pdf) [à l'issue des États généraux de la BD](http://www.franceinter.fr/depeche-angouleme-2015-des-auteurs-en-lutte), **révélait que 36 % [des auteurs de BD](http://www.franceinter.fr/depeche-ebauche-dun-auteur-de-bd) [vivent en dessous du seuil de pauvreté. ](http://www.etatsgenerauxbd.org/wp-content/uploads/2016/01/EGBD_enquete_auteurs_2016.pdf)** En 2013 déjà, le dessinateur **Jacques Tardi,** avait, pour sa part, décliné la Légion d’honneur. > Attaché à ma liberté de pensée et de création, je ne veux rien recevoir, ni du pouvoir actuel ni d’aucun autre pouvoir politique, quel qu’il soit ### Et aussi : __ **[►►► Des auteures de BD résistent au sexisme](http://www.franceinter.fr/depeche-des-auteures-de-bd-resistent-au-sexisme)** __ [ View the story "Angoulême 2016, comme si vous y étiez" on Storify ]
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