Un livre de cinéma ? Oui, mais d’un genre un peu particulier, car c’est aussi un livre de cuisine ! Le pont entre ces deux univers : Claude Chabrol ! Laurent Bourdon, en publiant chez Larousse un roboratif « Chabrol se met à table » réussit le pari de mélanger le cinéma et la gastronomie. Il faut dire que les films de Chabrol se prêtent merveilleusement à ce qui est bien plus qu’un exercice de style. De 1959 (« Le Beau Serge ») à 2009 (« Bellamy »), c’est toute la filmographie du cinéaste qui est traitée, avec dans un premier temps un résumé détaillé du film, puis un « making of » qui fourmille d’informations, d’anecdotes et d’analyses pertinentes et, pour finir, en dessert, une page entière intitulée « A table » dans laquelle l’auteur dissèque le film sous l’angle de ses parties… culinaires. Et dans une ultime partie, l’auteur s’amuse à nous donner un véritable carnet de recettes où l’on trouve successivement présentés, entre autres, les tomates à la provençale des « Cousins », la bouillabaisse non pas d’Uzès mais des « Innocents aux mains sales », la blanquette de veau d’« Une partie de plaisir » le fricandeau de veau à l’oseille des « Fantômes du chapelier », la terrine de faisan de « Masques », la pintade aux choux de « Bellamy » et la crème au chocolat de « Noces rouges ». On se croirait chez Simenon et Maigret : de la belle et bonne cuisine de ménage, entre recettes populaires et bourgeoises. Et de fait, l’angle choisi par Bourdon pour visiter la planète Chabrol révèle toute sa pertinence tant la cuisine est un formidable révélateur social, culturel et psychologique.

Chez Chabrol, on mange certes pour se nourrir mais pas seulement et le nom d’un plat (poulet au vinaigre) peut devenir le titre d’un film, c’est tout dire ! On y boit bien également et les vins sont très largement présents. Laurent Bourdon montre avec brio comment la nourriture est au cœur des films de Chabrol : aucun plat n’est là par hasard. Chaque aliment est comme le révélateur de celui qui le sert comme de celui qui le mange.En lisant « Chabrol se met à table », on se prend à rêver que d’autres cinéastes soient ainsi radiographiés à l’aune des nourritures terrestres : on songe à Tavernier ou Sautet, par exemple. Cuisine et cinéma, l’accord parfait ! Ah ! ça ira ! La phrase du jour ?« Qu’est-ce que l’amour ? Le besoin de sortir de soi. »Charles Baudelaire, « Mon cœur mis à nu »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.