Dans une librairie, on aspire au silence. Le plaisir est solitaire. Il faut se sentir libre de feuilleter, saisir et refermer un livre et éventuellement, de se laisser guider par l'enthousiasme d'un libraire. Encore faut-il qu'il soit modeste. Contre exemple, hier, dans une librairie du Marais parisien. Un homme s'adresse à la propriétaire, quadragénaire, jolie, mince, tourmentée. Ils semblent se connaître. Visiblement, elle vient de publier un premier roman.- "Et bien... Bravo"!- "Bravo, pourquoi?" - "Euh, ton roman est sorti, ça y est!"- Elle, les yeux mi clos : "Oui... Mais tu sais, c'est affreux la période qui suit... Ce vide... Ce manque... Je vis dans un cercueil..."La jeune femme inspire, regarde par la fenêtre, s'éponge le front, machoire serrée. Un temps, puis elle murmure : - "C'est une douleur... Je suis le fantôme de moi même... Et je n'ai pas encore de sujet pour un prochain roman, enfin, je tourne autour, je suis... à la périphérie de moi même ."- Le type, gêné : "Et... euh... ton éditeur, Actes Sud, c'est chouette!"- "Chouette? Tu veux dire que... c'est le plus grand éditeur du monde." En sortant, entre fou rire nerveux et consternation, sans avoir acheté de livres surtout, on s'aperçoit que la libraire qui prend la pause (car elle est désormais "auteuuuuur" chez le plus grand éditeur de la planète) a placardé les articles la concernant sur les vitrines. A l'entrée de sa librairie, elle propose une montagne de livres. Il s'agit, bien sûr, de son roman!

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