Pionnier de la Blaxploitation et ex-collaborateur d’Hara-Kiri , Melvin Van Peebles, restitue avec Le chinois du XIVe l’atmosphère d’un bistrot de quartier du Paris des années 60. Bien avant les brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio, cet artiste américain protéiforme (écrivain-réalisateur-musicien) a su capter l’âme forte de ces lieux où résonne un langage populaire souvent chargé de bon sens.

L’action se passe au Mon Moulin , un rade comme il en existait des dizaines dans la capitale et où l’on se plaisait à causer autour d’un verre. Le titre peut paraître trompeur, le Chinois ne fait qu’une brève apparition au début du livre puis disparaît. Pilier du bar, il concentrait l’attention et nourrissait les conversations. Une coupure d’électricité va ranimer les palabres de quelques naufragés de la nuit, réunis autour d’une bouteille de rouge et devisant à la flamme d’une lampe à pétrole. Dans une ambiance de veillée au coin du feu, chacun écoute puis raconte son histoire.

Moi je pense que les chiens, ça humanise les hommes

Le chinois du XIVe
Le chinois du XIVe © Radio France

Dans ces contes aux propos hauts en couleurs, on entend le parler vrai des petites gens, témoins ou acteurs de scènes qui ont construit leur opinion sur les choses de la vie. Ainsi, le fils du pasteur soutenant qu’un vrai soldat, « c’est quelqu’un qui boit », affirme que « le seul canon efficace, c’est celui qu’on s’envoie derrière la cravate, dans un grand verre ». La femme du bistrot est quant à elle catégorique : « Moi je pense que les chiens, ça humanise les hommes ».

Derrière la drôlerie, des fragments de vies

A chaque fois, les situations décrites sont cocasses même si le message peut paraître grave. On s’émeut ainsi du sort de la bonne à tout faire, employée pour jouer une femme enceinte, ou des souvenirs du ricain noir, frappé par l’ineptie de la ségrégation raciale durant un voyage en train.

Cette parenthèse intimiste, déclenchée par une grève d’électricité, est le récit de fragments de vies souvent âpres où la forme anecdotique et le ton badin voilent pudiquement le fond de ces individus solitaires et nostalgiques. Le plus souvent invisibles aux yeux de la (bonne) société, ces sans-grades s’expriment avec l’assurance d’être pour une fois écoutés. Petits comme ils disent, mais pourtant bien présents.

Venu à Paris à l’invitation d’Henri Langlois présenter ses courts métrages à la Cinémathèque, Melvin Van Peebles va finalement rester huit ans dans la capitale apprenant le français dans ses rues et ses bars. Son exil est prolifique : il écrit ses premiers romans, collabore à Hara-Kiri et adapte la reine des pommes de Chester Himes en bande-dessinée avec son compère Wolinski. Reprenant la caméra pour réaliser son premier long métrage (La permission ) en 1968, il devient trois ans plus tard le précurseur d’un nouveau genre cinématographique avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song : la Blaxploitation.

Le Chinois du XIVe , Melvin Van Peebles. Illustrations de Topor (Editions Wombat)

Le représentant des éditions Wombat Frédéric Brument évoque Melvin Van Peebles, le 2 octobre 2014 :

Merci à la documentation de Radio France, auteur : Anthony Richard.

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