Diane Arbus se suicide en juillet 1971 à 48 ans, alors qu'elle accédait enfin au rang de star de la photo. C'était une femme dépressive mais aussi un être bouillonnant, curieux. En 12 ans, elle a laissé 500 photos, c'est peu. A Londres, en 2005, l'exposition "Révélations" avait présenté 200 images de Diane Arbus, avec en plus ses carnets, ses planches contacts, ses appareils et même son agrandisseur. On la voyait même, jolie brune, appareil entre les mains, au cirque, guettant la photo étonnante.La nouvelle biographie qui vient de sortir, "Diane Arbus", signée d'une ancienne de Vogue, Violaine Binet, chez Grasset, relate la passion d'Arbus pour la photo et sa fragilité, ses doutes. Pas de révélations, pas de photos hélas, mais un récit plutôt agréable à lire parce qu'il rappelle un destin original et émouvant et resitue aussi la photographe dans son temps, au mileu d'autres photographes et d'hommes qui l'ont accompagnée, Allan, son mari et père de ses deux filles, Marvin Israël, directeur artistique, son amant, ou John Sazrkowski qui aimait ses images et l'exposa le premier au Moma, à New-York. Ce fut "New Documents", en 67, un événement qui fit enfin de la photo documentaire, un art à part entière. D'abord photographe de mode, la jeune femme quitte son mari (mais reste proche de lui) à la fin des années 50 et réalise enfin ses projets : surprendre des êtres qui lui sont a priori étrangers, loin de la norme sociale. Elle est curieuse, mais pas voyeuse, car elle a le don de s'immiscer dans l'intimité de son sujet. En relisant le catalogue de l'exposition "Revélations", on s'arrête devant ce travesti aux bigoudis. Il nous regarde droit dans les yeux, cigarette à la main, les sourcils dessinés au crayon et donne à lire sa tristesse et un reste d'enfance accroché au visage. L'artiste a obtenu de cet homme un aveu muet. Une planche contact d'ailleurs montre ses étapes dans la confiance obtenue du sujet. Elle repère une femme étrange dans la rue. Photo suivante, la femme est chez elle et retire sa perruque. En 4 images, peu à peu, un homme apparaît. Arbus a su par ses mots et sa photo le découvrir. La photographe tente de dépasser l'apparence, de montrer ce qu'il y a au-delà du masque. Elle passe du temps avec ses sujets. Avec ces lilliputiens dans un cirque, avec cette dominatrice au fouet qui enlace comme une mère son client, un vieillard nu venu prendre du plaisir. (Est-elle allée jusqu'à faire l'amour avec ces inconnus, pour être autorisée à les photographier? Violaine Binet le laisse entendre). L'émotion vous envahit devant cette anthropologie contemporaine en noir et blanc; Une Amérique bancale et composite, une humanité guère triomphante. "Je vois quelque chose qui a l'air merveilleux, je vois le divin dans les choses ordinaires" écrit l'artiste. Chez elle, elle accroche des photos de famille ou ses propres images, des mots, des idées, des rêves qu'elle relate, car elle possède aussi une plume. Dans les magazines américains, c'est elle qui écrit et prend les photos, c'est rare. Ses carnets débordent de projets. Elle fait des inventaires de sujets à traiter : en vrac : "gangsters, homosexuels, mariages, anniversaires, zoo, aquarium"... Et entre deux dépressions, la photographe fonce, découvre, approfondit, part en quête de la dignité d'une personne, au-delà de son apparence. L'un de ses derniers reportages porte sur des retardés mentaux, dans le New- Jersey, des filles et des femmes trisomiques à la campagne jouent et rient, s'envolent même. Arbus joue de la lumière et de la légèreté du moment. C'est sublime. Elle décide de s'arrêter là. "Diane Arbus", Violaine Binet, Grasset."Diane Arbus, Révélations".

Diane Arbus
Diane Arbus © Radio France
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