Les Cigares du pharaon
Les Cigares du pharaon © Casterman / Hergé

France Culture diffuse à partir du 8 février à 20h30,Les Cigares du Pharaon, un feuilleton radiophonique consacré aux aventures BD du célèbre reporter.

À l’heure des expériences 3D ou autres, Tintin renaît sur les ondes de France Culture sous forme… de feuilletons radiophoniques. Et ça marche ! Les Cigares du Pharaon , premier titre d’une série de cinq (à venir : Le Lotus Bleu, L’Affaire Tournesol, Les 7 Boules de Cristal, Le Temple du Soleil , peut-être suivis des Bijoux de la Catasfiore en concert-fiction) consacrée aux aventures du célèbre reporter, sera diffusé à 20h30 du 8 au 12 février.

À l’écoute, les yeux fermés ou avec la BD sous les yeux,on retrouve l’esprit des albums de Tintin. L’histoire, adaptée parKatell Guillou , une habituée des fictions deFrance Culture , sonne juste, et reste très fidèle. La scénariste n’a modifié que les passages de l’histoire dans lesquels l’absence d’illustrations gênait la compréhension.

Les images mentales suggérées nous plongent très vite dans l’intrigue imaginée par Hergé dès 1933, et publiée en album en 1955 en couleur. Les Cigares du Pharaon racontent la confrontation de Tintin avec des trafiquants de drogue organisés en société secrète, au cours d’un long voyage en bateau, en Égypte, en Arabie, puis en Inde.

Tintin sur France Culture avec Les Cigares du Pharaon
Tintin sur France Culture avec Les Cigares du Pharaon © France Culture/ Moulinsart/ La Comédie française / Tintin par Hergé

La langue d’Hergé, si particulière, immédiatement compréhensible comme son dessin, est préservée. Déjà adaptés entre 1959 et 63 par laRTF (Radio Télévision Française, ancêtre de l’ORTF ) les épisodes de Tintin faisaient alors intervenir les voix deJacques Dufilho ou de Jean Carmet . Un narrateur expliquait l’action en cours ; désormais l’histoire, dite par Didier Sandre , est plus fluide, plus cinématographique.

Les voix, principalement celle de sociétaires de la Comédie-Française (comme Noam Morgensztern qui joue celle de Tintin, avec ce qu'il faut d'androgynie pour que l'on se projette) sonnent juste. La musique d'Olivier Daviaud rappelle celle du dessin animé, etjoue très bien sur l’ambiguïté de l’aventure dans laquelle il est question de drogue . Ce projet-ci initié par la Comédie - Française avait un temps été abandonné avant de renaître en mars 2015 sous la direction deBenjamin Abitan , jeune réalisateur de 32 ans qui reconnaît avoir eu des difficultés à suivre le héros toujours en action.

Benjamin Abitan : "On a passé du temps à courir après Tintin "

Dans cet épisode, pour moi, Tintin part à la rencontre de son psychisme : il est à la poursuite de trafiquants de drogues, de la cocaïne et de l'opium, des drogues freudiennes ou des poètes. C'est le moment où Tintin commence à avoir un inconscient, ou en tous les cas une autre dimension en terme de psychisme... Et comme dans les fictions radio, on est là pour créer des espaces intérieurs, des espaces dans le psychisme de l'auditeur, c'était parfait.

Je voulais au départ que Tintin soit peut-être joué par une femme parce que je voulais un timbre indéterminé, androgyne . Je n'ai pas trouvé à la Comédie-Française d'actrice qui possède cette nature de voix, de timbre. Finalement avec Noam, il y a quelque chose de "pas très marqué". On dit souvent de Tintin qu'il est une surface de projection neutre, lisse, qu'il n'est pas très caractérisé dans les traits. Dans la voix, et dans l'interprétation, il fallait rester dans une certaine neutralité, sans être plat : c'est une voix qui a du caractère, légèrement voilée, tout en étant juvénile.

Dans l'interprétation, j'ai essayé de ne pas forcer le trait, de rester dans la délicatesse du trait d'Hergé, de ne pas forcer l'interprétation. Il ne fallait pas brusquer l'intimité de l'auditeur puisque ça le renvoie à des souvenirs de lectures enfantines...

On a sous-estimé la densité d'évènements et de décors. Tintin est toujours en mouvement.On a passé notre temps à lui courir après . Il fallait constamment changer de décor. On travaille dans un studio de fictions dans lequel on peut fabriquer des espaces avec des panneaux, dans lesquels on peut utiliser une chambre anéchoïque ou une chambre claire pour augmenter la résonance... Il fallait toujours changer l'espace puisque le héros n'arrête pas de bouger.D'une case à l'autre, il est sur un cheval, il saute, il tombe, il atterrit dans un avion, il s’envole, il tombe dans l'eau. Il n'arrête pas de marcher sur des revêtements différents, donc au bruitage, il fallait passer d'un sol à l'autre. Sur chaque scène, il fallait une mise en place différente qui prenait beaucoup de temps et d'énergie aux comédiens. Il y a eu des tensions, mais c'était surtout joyeux, parce que c'était l'aventure.

Écouter un extrait des Cigares du Pharaon :

Regarder le making of :

Les Cigares du Pharaon sur France Culture du 8 au 12 février à 20H30.

Une coprodutionFrance Culture / Moulinsart / Comédie-Française, réalisée par Benjamin Abitan, sur une adaptation de Katell Guillou, et une musique d’Olivier Daviaud, jouée par l’Orchestre National de France dirigé par Didier Benetti. Avec les voix de Noam Morgensztern (Tintin), Jérémy Lopez (Milou) et raconté par Didier Sandre...

Et aussi :

Sur la même antenne, Tewfik Hakem dans l'émissionUn autre jour est possible poursuit l'aventure Hergé toute la semaine avec une série consacrée au dessinateur avec Renaud Nattiez pour Tintin, encore et toujours , un essai sur le mystère de sa longévité. Il recevra également Benjamin Abitan, Joost Swart, Benoît Peeters...

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