E.BIlal; La couleur de l'air. P 77
E.BIlal; La couleur de l'air. P 77 © Enki Bilal/ Casterman

C'est l'une des grosses sorties BD de la fin 2014, tirée à 90 000 exemplaires : La couleur de l'air , signée Enki Bilal chez Casterman est l'aboutissement de la trilogie initiée avec Animal'z en 2009.

Regardez Enki Bilal en vidéo raconter son album, ses choix, ses inspirations

Enki Bilal imagine que la planète se rebiffe contre les mauvais traitements que les humains lui inflige.

Dévastée par des catastrophes quasi apocalyptiques, mère Nature essaie tant bien que mal de se refaire une santé, avec à son bord quelques survivants.Ils sont à la recherche d'un nouvel eldorado, disons tout simplement, par les temps qui courent dans cette histoire, un coin encore habitable pour des bipèdes omnivores.

Bacon et Kim voyagent en mer avec un dauphin, Julia, Roem et Lawrence avancent sur la terre ferme et un troisième groupe se sont réfugiés dans un zeppelin bourré de déchets nucléaires. Ils espèrent tous sauver leur peau où ce qu'il en reste. Mémoires et langages se perdent pour mieux inventer une nouvelle ère.

On retrouve les personnages d'Animal'z et Julia et Roem , et l'histoire finit par les rassembler.

Enki Bilal free style

Irrationnel, humour, dérision font le sel de cette fable. Enki Bilal se moque des conventions, des recettes scénaristiques, il avance par tableau dans des paysages minimalistes.On retient des impressions d'histoires, fortes ou drôles.

Enki Bilal donne le sentiment d'avoir voulu en finir avec une étiquette qui lui colle à la peau, celle d'annonceur de catastrophes, de pessimiste indécrottable. Il le reste pessimiste, et c'est bien une immense catastrophe qui est en cours, le "coup de sang" de la planète, pour autant cela ne l'empêche de se moquer, et d'imaginer un final en bleu et vert tendre, un quasi éden des premiers temps pour une nouvelle ère, avec un pied de nez en dernière page.

E.Bilal La Couleur de l'air p.81
E.Bilal La Couleur de l'air p.81 © Enki Bilal/Casterman

- La couleur de l'air en 7 points forts.

- Dessin, varier les plaisirs : le coup de crayon pour tracer les personnages ne change pas au fil des ans ; Impossible de ne pas reconnaître la patte de Bilal. Mais ici, paysages minimalistes, profils alignés sur la même image : on croirait un groupe d'apparatchik passant les troupes en revue.

- Scénario :tous les improbables deviennent possibles : voyager dans un dauphin, jouer à poisson vole, mettre une flèche rouge dans le ciel, pour savoir où aller, c'est plus pratique. Mettre du porto dans le zeppelin bourré de déchets nucléaires, pour se détendre.

Deuxième astuce : changer de palette de couleurs pour faire basculer l'histoire

- Langage : Bilal lui joue sur la corde raide du pléonasme :l'innommable indicible , page 58. Dictionnaire s'il vous plaît :

  • Indicible, qu'on ne saurait exprimer, qui dépasse toute expression comme une peur indicible.

-Innommable : trop détestable pour recevoir un qualificatif comme une mixture innommable.

Il ne se prive pas des oxymores : volcan de glace.

- Citations : après Baudrillard, Shakespeare, et Cioran dans d'autres albums, entrent en scène Dan Franck et José Artur :

Si les terroristes avaient des dons d'orateur et des micros,ils poseraient moins de bombes, NON ?

  • EXACT ET EN PLUS: qui vole est un voleur. Sauf quand il a faim...Qui tue est un assassin. Sauf quand il sauve le monde... Les terroristes, eux, voleurs d'idéologies, n'ont jamais sauvé personne.IMPARABLE, NON

  • Tenir les comptes de l'Humanité : 68 705 521 litres de larmes de chagrin versés en un siècle.

- Donner la recette du steak d'oreilles, les temps sont durs, certains se font cannibales :

huile, sel, poivre, avec un zeste de combava, laisser mariner 1h , faire griller 10 s de chaque côté.

Tous les secrets de fabrication de La couleur de l'air >

Feuilletez les 15 premières pages

La Couleur de l'air , Enki Bilal, Casterman, sortie le 22 octobre 2014

La rétropective Enki Bilal en ce moment à Toulon >

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