Paolo Rumiz
Paolo Rumiz © © Riccardo Valsecchi/Demotix/Corbis

Paolo Rumiz, avec Le phare, voyage immobile , va se voir décerner le prix Nicolas Bouvier. Il lui sera remis lors du Festival Etonnants Voyageurs. L'écrivain italien s'est contraint a passé plusieurs semaines dans un phare, sur une île isolée. L'expèrience d'un voyge extrême, où les mouvements sont intérieurs et où l'on ne peut plus échapper à soi-même, ni à la force de la Nature, celle qui nous dépasse en tout.

Qu'est ce qui vous a pris d'aller vous enfermer dans un phare ?

Je venais de faire un grand voyage sur tous les fronts de la première guerre mondiale, et j’ai dit à la Republica que je voulais faire un voyage immobile, car je n’avais plus d’énergie.Quelques semaines coupé du monde, avec un minimum de personnes autour de moi, c'était ce qu'il me fallait. Donc j’ai cherché un lieu comme ça sur la carte. Je ne dis pas où c'est car je ne veux pas que les "barbares" y aillent.

Loin de tout, est ce vivable pour un observateur du monde comme vous ?

Mon chef à la Republica avait des doutes. Que vas-tu écrire s’il ne se passe rien ? Moi aussi ça me faisait peur. J'ai emporté dix kilos de livres, et sur place figurez-vous que je n’ai rien lu ; il y avait tellement de choses à écrire et à voir. Même la nuit, je me sentais toujours possédé, j’étais au centre du monde et non pas à la périphérie.

Paolo Rumiz - prix Nicolas Bouvier
Paolo Rumiz - prix Nicolas Bouvier © Hoebeke

J'avais tous les avantages du sédentaire et tous les avantages du nomade. C'est un voyage extraordinaire, tu navigues, dans les orages, les tempêtes, le vent, le soleil, et ça donne du temps pour refléchir et pour écrire. Les heures sont longues, infinies même. L’absence de réseau, ça ce sont les vrais vacances. Ça montre le type de stress dans lequel nous vivons tous les jours.

Quelle a été l'expérience la plus surprenante ?

La chose la plus intéressante a été de redécouvrir la peur. La modernité nous empêche d’avoir peur. Quels sont les vrais dangers ? Sûrement pas l'arrivée des immigrés par exemple. En revanche nous n'avons plus la perception de la limite qu’il y a autour de nous, nous n’avons plus peur de la nature . Cette peur, elle vient, sans livre, juste en regardant. C'est vrai que l'on évoque tous les jours dans les journaux les problèmes climatiques, mais si des oiseaux disparaissent de devant chez toi, tu les vois même plus, tu ne vois pas que c’est un signe de dérèglement . Nous ne sommes plus capables d’observer directement par nous-mêmes. Le moment de plus grand bonheur ? La veille de l’adieu quand l’île s’est habillée de son plus beau manteau pour m’empêcher de partir . Une lumière très chaude s’est répandu partout, on a bien mangé, on a bu ; l’ombre de mon verre appuyait sur le mur, une ombre géante de deux ou trois mètres.

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