James Ellroy
James Ellroy © corbis

Les lecteurs français vont découvrir début mai le dernier James Ellroy : Perfidia , qui inaugure un nouveau Quatuor de Los Angeles.

Ce que que l'on sait déjà de Perfidia >

James Ellroy promet pour ce second Quatuor de Los Angeles trois tomes dans les années à venir, dont Perfidia , d'énormes pavés de 900 pages chez Rivages. Il ambitionne, une fois rassemblés la trilogieUnderworld et les deux quatuors, d'avoir tracé une vaste fresque historique et romancée des États-Unis.

Pour ceux qui ne l'ont pas lu, retour sur le premier Quatuor de Los Angeles :

Le Dahlia Noir, Le Grand Nulle Part, LA Confidential etWhite Jazz constitue ce que l'on appelle le Quatuor de Los Angeles, qui devient le premier du nom désormais. Quatre romans écrits entre 1987 et 1991 et une ville. Retour sur l'univers du "tigre" de Los Angeles.

Ici promenez-vous dans LA avec James Ellroy >

(Carte établie avec le concours de la Bibliothèque de Radio France )

Le Dahlia Noir, 1987

Cherchez la femme , Bucky. Souviens-toi de ça.

Le Dahlia Noir couverture 1987
Le Dahlia Noir couverture 1987 © Radio France

Le 15 janvier 1947, dans un terrain vague de L.A. est découvert le corps nu et mutilé, sectionné en deux au niveau de la taille, d’une jeune fille de 22 ans : Betty Short, surnommé « Le Dahlia Noir » par un reporter, à cause de son penchant à s'habiller de noir. Le meurtre – non élucidé à ce jour - est resté l’un des plus célèbres des annales du crime aux Etats-Unis.

C'est sans doute le roman le plus personnel d’Ellroy, qu"il dédie à Geneva Hilliker Ellroy (1915-1958), sa mère, retrouvée assassinée quand il avait 10 ans."Mère : 29 ans plus tard, ces pages d’adieux aux lettres de sang” . Dans la postface rédigée en 2006, James Ellroy reconnaît «ma mère me hante au plus profond de moi de manières insondables ». Un pluriel révélateur.

Les premières phrases du livre sont significatives. James Ellroy parle de son héroïne mais les mots pourraient tout aussi bien s'appliquer à sa mère :

Vivante je ne l’ai jamais connue, des choses de sa vie je n’ai rien partagé. Elle n’existe pour moi qu’au travers des autres, tant sa mort suscitait de réactions transparaissant dans le moindre de leurs actes __

En 2006, le Dahlia Noir voit (enfin !) le jour au cinéma.

C'est Brian de Palma, choisi pour son goût de l'obsession, qui signe l'adaptation avecJosh Harnett, Mia Kirshner, Scarlett Johansson et Hilary Swank. __

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Le roman donne lieu en novembre 2013 à une adaptation BD :Le Dahlia Noir (Rivages/Casterman/Noir) avec: le scénariste Matz (Alexis Nolent), le réalisateur David Fincher et le dessinateur Miles Hyman aux manettes.

BONUS > le RDV de France Culture consacré à la BD

Le Grand Nulle Part, 1988

Le Grand Nulle Part, 1988
Le Grand Nulle Part, 1988 © Radio France

> Les orages éclatèrent juste avant minuit, noyant sous leurs averses les coups de klaxon et le tintamarre qui marquaient de leur signal convenu la nouvelle année sur le Strip ; 1950 fit ainsi son entrée à l’annexe du poste de police d’Hollywood Ouest dans une vague de crissements de pneus excités avec, en supplément, l’intervention du fourgon à viande froide.

Le deuxième opus du Quatuor paraît l'année suivante : Le grand nulle part (titre original : The Big Nowhere )

Un procureur, deux enquêteurs – Malcolm Considine et Dudley Smith – et un ancien flic. Réunis par une même ambition dévorante, des démons intérieurs, une ville aux mains de services publics corrompus, de politiciens véreux, de starlettes et de personnages troubles.

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L.A. Confidential, 1990

Repars dans le New Jersey, caïd. Ici, c’est la cité des anges et t’as oublié tes ailes.

LA Confidential, 1990
LA Confidential, 1990 © Radio France

Après le Dahlia Noir et Le grand nulle par t, L.A. Confidential est le 3e volet du Quatuor de Los Angeles . Comme le Dhalia, le livre est dédié à une femme : la sienne cette fois-ci, Mary Doherty Ellroy (dont il se sépara quelques temps plus tard) et a comme exergue une citation de Steve Erickson « Une gloire qui coûte tout et ne signifie rien ».

21 février 1950. Motel en fer à cheval, abandonné, au pied des collines de San Berdoo. Buzz Meeks était passé à la réception avec 94 000 dollars, 18 livres d’héroïne presque pure, un fusil à pompe calibre 10, un 38 spécial, un 45 automatique, et un cran d’arrêt qu’il avait racheté à un pachuco, à la frontière.

Comme dans Le grand nulle part , le roman suit trois policiers à Los Angeles dans les années cinquante. Ed Exley veut la gloire. Hanté par la réussite de son « incorruptible » père, il est prêt à tout pour l’éclipser. Bud White a vu son père tuer sa mère. Ça n’est pas un flic en colère mais un homme en colère qui porte un insigne. « Poubelle » Jack Vincennes terrorise les stars de cinéma pour le compte d'un tabloïd.

Le roman est adapté au cinéma en 1997 par Curtis Hanson avec Kevin Spacey, Russel Crowe et Kim Basinger . Le film lui vaudra l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

Du livre au film... James Ellroy le raconte - plus ellronien que jamais - avec l'humour et le caractère grincheux dont il a construit son propre personnage au cours d'une interview à la BBC :

White Jazz, 1991

White Jazz est dédié à sa femme Helen Knode, journaliste et écrivain, auteur en 2003 de The terminus Hollywood ). Le couple se sépara en 2006.

White Jazz, 1991
White Jazz, 1991 © Radio France

Tout ce qui me reste, c’est la volonté de me souvenir. Temps aboli, rêves de fièvre – je m’éveille dans un sentiment d’attente, j’ai peur d’oublier. La femme reste toujours jeune, et c’est aux photographies qu’elle le doit.

On retrouve dans ce roman qui se situe à la fin des années 50 deux personnages deL.A. Confidential et leurs rapports houleux au sein du LAPD : Ed Exley et l’irlandais Dudley Smith.

Exley cherche à éliminer un candidat de la course aux élections municipales. Dudley Smith est chargé d’une enquête sur un vol de fourrure pour un montant de 2 millions de dollars.

White Jazz marque une rupture dans le style d’Ellroy. Au début des années 90, Ellroy écrivit de façon de plus en plus épurée. Sujet – verbe – complément jusqu’àWhite Jazz où certaines phrases ne sont que des mots :

La chambre passée au crible – vide, zéro, rien. La 19 – retourne-la de fond en comble, deux fois de suite, butin du placard : un calcif emmêlé de bande magnétique en bonine. Fuite paniquée confirmée. Mamie, Jésus, hurlements dehors. En avant, tu te franchis l’obstacle, bouscule vitesse grand V.

Ellroy expliqua que ce style permettait de « redéfinir le langage car c'est la seule façon de décrire l'extrême violence de la narration ».

A Vogue, qui lui demandait s'il est heureux à L.A. où il vit de nouveau depuis 2006, James Ellroy répond :

Oui. Heureux comme un tigre

A LIRE > Extorsion (Payot Rivages)

A ECOUTER > James Ellroy était l’invité de Clara Dupont-Monod mardi 8 avril à l’occasion de la sortie d’Extorsion (Rivages / Thriller).

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