Paul Verhoeven
Paul Verhoeven © corbis

Paul Verhoeven, le réalisateur de Robocop et Basic Instinct , revient avec Jésus de Nazareth . Il rêvait d'un film sur Jésus, finalement c'est une biographie, religieusement incorrecte mais sacrément étayée, et publiée chez un éditeur indépendant, Aux forges de Vulcain.

Cinéaste reconnu pour ses productions hollywoodiennes musclées (Robocop, Starship Troopers ) et sulfureuses (Basic Instinct, Showgirls ), Paul Verhoeven a toujours rêvé de porter la vie de Jésus à l’écran. Malheureusement, le projet n’a jamais pu aboutir. Déçu mais pas défait, le réalisateur néerlandais publie en 2008, avec la complicité de Rob Van Sheers, cet essai très documenté aujourd’hui disponible en France. Se basant sur son expérience au Jesus Seminar, un groupe d’éminents spécialistes en sciences religieuses, Verhoeven aborde Jésus d’un point vue historique, délaissant le mythe pour livrer une interprétation épurée de tout artifice. Il rend compte d’un individu fait de chair et d’os, charismatique certes mais pas aussi mystique que le laissent penser les Evangiles.

Jésus, un homme normal ou rebelle ?

Sa quête d’authenticité menée à partir d’une étude comparée des textes religieux confronte la représentation incertaine et le possible. Lui-même s’attache à réhabiliter ce qu’il nomme des « particularités terrestres » et entreprend de débusquer, à travers une démarche intellectuelle méthodique, les vues de l’esprit, les incohérences, les contradictions ou les corrélations entre les Evangiles et différents travaux de théologie.

De ces différents recoupements, l’auteur met en lumière sa conviction intime du plausible, injectant parfois à la narration la vision du metteur en scène.

Dans l’optique d’un film, je préfère voir Jésus sur un échafaudage, travaillant à la construction d’un palais ou d’un bâtiment administratif .

Dans sa perception cartésienne Verhoeven va jusqu’à décrire un Jésus rebelle, critiquant «l’autocratie des prêtres, remettant en question la Torah », proche de l’image d’un Che Guevarra. Il épingle les paraboles, donne une explication aux exorcismes, ne croit pas en la Résurrection, et réinterprète la Cène.

Verhoeven ne fait aucun mystère de son athéisme, remettant fondamentalement l’existence de Dieu en question, « S’il existe une forme de divinité, il semblerait qu’elle ne soit pas à même d’intervenir dans notre réalité ni même de se plonger dans notre existence ». Davantage convaincu par la force charismatique de la propre foi de Jésus plus que par son action divine, Verhoeven rend un ouvrage religieusement incorrect mais sacrément étayé.

Trois questions à David Meulemans, président des Éditions Aux forges de Vulcain, éditeur de Jésus de Nazareth

- Comment est né ce projet de Paul Verhoeven d'écrire sur la vie de Jésus ?

Paul Verhoeven - jésus
Paul Verhoeven - jésus © Radio France

Paul Verhoeven ressemble à beaucoup de personnes de sa génération: il a reçu une éducation religieuse, mais, à l'âge adulte, il perd la foi. Cette conversion à l'athéisme coïncide avec son désir de devenir cinéaste. Etudiant, il est confronté à un événement personnel douloureux qui lui fait mesurer l'écart entre le message généreux du christianisme et la moralité réactionnaire de beaucoup de chrétiens. Il en conçoit une mission personnelle, de dénoncer les faux-semblants qui va s'incarner dans le sens de la satire et de la provocation qui distingue l'ensemble de son oeuvre .

Après une première carrière à succès en Hollande, il arrive à Hollywood en 1984 et conçoit le projet de filmer une vie de Jésus. Il participera pendant vingt ans à un séminaire de référence de théologiens et d'historiens: le Jesus Seminar. Mais il peine à faire financer son film et, en 2006, il décide de rassembler ses réflexions dans un livre. Il ne renonce pas à chercher à faire produire le film, mais il ressent un véritable soulagement à l'idée que, au moins, le livre existe et permet de faire connaître sa vision originale de Jésus: une vision athée, matérialiste, et pourtant admirative.

- Dans combien de pays le livre est-il sorti et comment a-t-il été accueilli ?

Ce livre est sorti dans une vingtaine de pays où il a toujours été très bien reçu. Mais le pays où il a été le mieux reçu et où il demeure sur la liste des bestsellers depuis six ans est la Hollande, à la fois en raison de l'aura de Verhoeven dans son pays natal, et de l'habitude de libéralité des Hollandais sur les questions de religion - une libéralité qui s'incarne dans une passion pour la controverse religieuse, et un respect du pluralisme religieux.

- Comment vous êtes-vous imposé pour éditer cette figure d'Hollywood ?

Nous avons très simplement écrit une lettre à Verhoeven et à son éditeur, et, selon eux, nous avions les deux qualités qui manquaient aux autres éditeurs français qui avaient envisagé cette publication. D'une part, nous sommes des grands admirateurs du cinéma de Verhoeven, dont nous aimons le caractère à la fois populaire et pointu. D'autre part, notre maison a compris sa position originale qui est de se placer dans une société post-religieuse. Une société post-religieuse n'est pas une société où le religieux aurait disparu, mais où le religieux trouve une place moins dramatisée.

Ainsi, Verhoeven est athée, mais il admire le message moral de Jésus. Son texte provoque, mais il provoque la réflexion et s'adresse à la fois aux croyants comme aux athées. Aux croyants, il propose de mieux discerner ce qui fait la beauté de leur foi. Aux athées, il propose de montrer ce qui, dans l'idéal de Jésus, reste un idéal de révolution positive, égalitaire, qui n'est pas sans rappeler la geste de Gandhi ou du Che - pour prendre des figures diamétralement opposées. En un sens, un auteur a toujours envie d'être dans de bonnes mains, en compagnie de gens qui comprennent son travail. Ce projet a donc naturellement trouvé sa place chez nous.

Anthony Richard de la Bibliothèque de Radio France

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.