Alors même qu’il réside légalement depuis 21 ans en Grèce, il n’a toujours pas obtenu la citoyenneté grecque. Aussi doit-il renouveler tous les cinq ans son permis de séjour.

Invité au Festival des Littératures Européennes de Cognac qui se tient du 21 au 24 novembre, puis à la 4e Biennale du Livre et du Film de Voyage de Roissy Porte de France ainsi que sur France Inter par Paula Jacques, Gazmend Kapllani, écrivain albanais résident en Grèce, ne pourra pas tenir ses engagements, à son grand désespoir.

Et pourtant, les autorités grecques n’ont pas encore donné suite à sa demande de renouvellement formulée il y a plus de cinq mois. Gazmend Kapllani ne peut donc sortir des Etats-Unis où il enseigne au risque de ne plus pouvoir y entrer et, du même coup, de perdre son emploi.

On comprend dès lors son absence aux événements littéraires organisés par son éditeur Armand de Saint-Sauveur.Ironie du sort pour un auteur qui explore avec autant de profondeur la question des frontières. Situation kafkaïenne s’il en est qui lève le voile sur le sort des immigrés en Grèce

L'écrivain Gazmend Kapllani empêché de se rendre en France
L'écrivain Gazmend Kapllani empêché de se rendre en France © Radio France

Extrait de sa lettre qu'il a écrite aux organisateurs du Festival :

Dans mon premier livre, j’écris que “l’immigré est un être encerclé de frontières”. La frontière la plus cruelle est celle des papiers. J’ai vécu l’expérience directe de cette frontière, ces dernières 21 années de ma vie, en tant qu’immigré en Grèce. Même si je réside légalement depuis 21 ans en Grèce, même si je paie mes impôts comme les plus honnêtes citoyens en Grèce, même si j’ai écrit mes livres en grec, même si j’ai reçu des prix internationaux pour ces livres, même si ma femme est une citoyenne grecque, je suis toujours considéré comme un étranger en Grèce. Il y a cinq ans que j’ai fait une demande pour obtenir la citoyenneté grecque, en me pliant à toutes conditions très dures que la législation grecque a fixée pour accorder la citoyenneté. Mais, à ce jour, je n’ai toujours pas de réponse de la part des autorités de l’Immigration grecque.

Je réside donc toujours avec un permis de séjour dans mon pays – parce que, après tant d’années, je considère la Grèce comme mon pays. Je continue, bien sûr, de faire mes devoirs de citoyen grec, en payant par exemple des taxes exorbitantes, même pour le salaire qui m’est versé par les Etats-Unis où je me trouve en ce moment, comme un « visiting scholar » à la Brown University et professeur d’écriture et histoire à l’Emerson College de Boston. Ce séjour est devenu pour moi un refuge. Refuge temporaire, je l’espère. Depuis que la violence des néo-nazis, tolérée par la police, a envahi les rues des cités grecques, ma sécurité personnelle était en grand danger. Avant de partir aux Etats-Unis, j’ai été une des cibles préférées des menaces de group xénophobes, des parlementaires d’extrême-droite et des éléments racistes de la police Grecque.... Dans mon cas, ce n’est pas la première fois que les autorités de l’immigration grecque créent des problèmes absurdes avec mes papiers. Leur comportement hostile par le passé à mon égard – comme ce fut le cas en 2003, où j’ai été menacé de déportation – a clairement fonctionné comme une punition et une sanction contre mon activité publique et littéraire, dans la défense des Droits de l’Homme en Grèce et en Europe. J’espère bien que ce n’est pas le cas, cette fois, et que les autorités grecques renouvelleront enfin mon permis de séjour, d’ici, après un, deux, trois ou quatre mois. Quoi qu’il advienne, pour l’instant ce non-renouvellement m’empêche de faire ce voyage en France....

Gazmend Kapllani est l'auteur de Je m’appelle Europe

Je m’appelle Europe évoque la difficulté d’un immigré à s’immerger dans une nouvelle culture. C’est le roman d’une renaissance, d’une réinvention de soi dans une autre langue où il faut apprendre à dire et à se dire différemment. Peu importe pourtant le pays d’origine (ici l’Albanie) et le pays d’accueil (ici la Grèce), cette expérience si particulière s’affranchit des frontières. Gazmend Kapllani convoque le récit d’autres migrants, venus des quatre coins du monde, et de leurs parcours, tantôt rocambolesque, tantôt déchirant pour s’adapter à une nouvelle culture. Cette polyphonie reflète avec brio les chemins croisés des migrants dans nos sociétés qui prônent la convivialité mais s’enferment chaque jour un peu plus dans la peur de l’autre. Les éditions intervalles nous offrent le récit d’une voix précieuse de la littérature européenne contemporaine.

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