Dans un décor de western, trois hommes sont sur la piste des dernières traces du monde d’avant...

L'odeur des garçons affamés
L'odeur des garçons affamés © Casterman / Frederik Peeters et Loo Hui Phang

Dans un décor de western, trois hommes sont sur la piste des dernières traces du monde d’avant. En pleine conquête de l'ouest, ils photographient les paysages, le monde des Indiens de cette deuxième moitié du XIXe siècle, avant l’arrivée des cow-boys. L’équipée est formée d’un ingénieur pointilleux et bourru, d'un photographe irlandais (et homosexuel) spécialisé dans le cliché spirite, et d'un ancien garçon de ferme secret. Les deux derniers sont des desperados qui ont fui leur passé pour se retrouver ici. Autour d’eux rôde un homme en noir... Dans ce livre on retrouve tous les codes du western mais détournés. Les Indiens sont presque irréels, et les paysages, si on regarde de plus près, ne sont pas ceux de l’Ouest américain. Et pour cause ! Ce sont des oueds marocains qui ont nourri les images mentales à l’origine du dessin de Frederik Peeters. Loo hui phang lui a offert une histoire humaine, trouble, sur l’ambiguïté sexuelle. Et même si parfois, l’intrigue est attendue, ce dessin qui hésite entre fantastique et réalisme est incroyable. Le dessinateur a été conquis par la proposition plus sensuelle de la scénariste. Il voulait sortir de l’univers plus froid de science-fiction d’Aâama pour retrouver un récit plein de poussière et de sensualité. Et son plaisir est contagieux. ### Fréderik Peeters > Tous les rapports physiques, l'ambiguïté, le désir, c'était un programme assez alléchant à dessiner.

Frederik Peeters sur la page 17 ci-dessous

On me dit qu'au fur et à mesure que le livre avance, il devient de plus en plus fantastique, mais cette page est au début. Il s'agit du rêve du photographe spirite, le personnage principal. Il a une sorte de forme ectoplasmique qui lui sort de la bouche et des yeux.Ça fait écho à son métier.

On faisait beaucoup de photographie spirite à la fin du XIXe. On prenait deux clichés : l'un avec une personne vaguement déguisée en fantôme, et un autre avec le sujet et on les superposait. Une autre variante consistait à mettre de la gaze dans la bouche et les narines des gens et à leur faire prendre un air transcendé.

La photographie dans l'album est une sorte de parabole du mensonge des personnages parce que c'est l'art de l'illusion et de la manipulation de la réalité . Tous les personnages ont ici quelque chose à dissimuler. Celui-ci, qui dans une vie précédente montait des arnaques à la photographie spirite, va au fil de l'histoire non pas fabriquer du mensonge, mais de la réalité...

Page 17 - odeur des garçons affamés
Page 17 - odeur des garçons affamés © Casterman / Frederik Peeters et Loo Hui Phang

L’odeur des garçons affamés de Frederik Peeters et Loo hui phang est publié chez Casterman

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