Couverture de Catharsis
Couverture de Catharsis © Futuropolis / Luz

Comment survivre alors que vos amis dessinateurs (Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski) sont morts avec d’autres (Elsa Cayat, Bernard Maris, Franck Brinsolaro, Moustapha Ourad, Michel Renaud, Fréderik Boisseau) dans un attentat sanglant ? Et que vous ne devez la vie qu’à l'amour de votre compagne, qui vous a fait rester au lit au moment où les terroristes frappaient ? C’est ce que Luz de Charlie Hebdo raconte avec ce livre de dessins.

Des croquis de paires d’yeux exorbités par l’horreur juste après les événement du 7 janvier à la crise de folie qui le pousse à mettre des exemplaires de Charlie Hebdo dans son four, en passant par ses conversations avec "Ginette" (le surnom de son angoisse), Luz redessine. Et se sert de ses crayons pour surmonter l’insurmontable.

Très émouvant dans ses conversations au bord de la tombe de Charb, ou dans le regard amoureux qu’il lance à son amie, le dessinateur reste néanmoins lui-même : dans les quelques pages où la colombe de la paix, qui est en fait un pigeon, a "une furieuse envie de chier" sur François Hollande, quand il suggère de se mettre les micros qu’on lui tend "dans le cul", ou encore quand il dézingue les récupérations marketing des assassinats. Avec force et habileté, Luz nous replonge dans ces quelques jours de janvier où la France s’est réveillée assommée, avant de pouvoir tourner la page, et quitter Charlie Hebdo.

__ Catharsis, par Luz, est édité par Futuropolis,

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Luz
Luz © AD/France Inter

Catharsis est arrivé sans faire gaffe, avec la nécessité de le faire tandis que je ne pensais pas encore pouvoir dessiner

La Page 7 :

Page 7 de "Catharsis"
Page 7 de "Catharsis" © Futuropolis / Luz

> Je sais d’où venaient ces dessins. Charb remplissait des pages pendant les conférences de rédaction. Mais il y avait quelque chose de bizarre en plus sur ce croquis que j’ai fait chez les flics le 7 janvier.

Il racontait déjà la confusion, surtout la sidération. J’y vois une sorte de dialogue avec mon propre dessin. Je ne sais pas si c’était moi, ou lui, qui m’interrogeait. C’était étrange…

Page 21

Catharsis p.21
Catharsis p.21 © Futuropolis

Ginette a surgi sans que je fasse attention. C’est une grosse boule qui commence dans le ventre, que j’ai qualifiée de "Haine-amie". Elle est apparue au fur et à mesure de la paranoïa qui montait. Elle s’insinue partout dans le corps, même dans la main, quand elle tremble et qu’elle ne peut plus dessiner.

J’en ai parlé à l'une de mes psys. Je lui ai dit que j’avais fait de mon angoisse un animal de compagnie à qui j’ai donné un nom un peu ridicule, parce que j’en avais peur. Elle m’a dit, qu’elle allait se servir de cet outil pour d’autres patients.

Quelque fois, cette boule disparaît, mais quelque fois comme cette semaine, elle revient.

Je la vois comme une sorte d’animal domestique, "indomesticable". A la différence d’un chien, elle ne mourra jamais, mais on mourra ensemble

page 30

Catharsis p.30
Catharsis p.30 © Futuropolis

Cette planche, avec le pigeon qui chie sur la tête de Hollande, elle commence par quelque chose de douloureux. Elle commence par des coups de feu (…) Tu peux percer la bulle du symbole, percer la bulle de l’absurdité grâce à la fiente de pigeon (...)

On n’a pas envie d’être précipité dans le premier degré jusqu’à la fin de nos jours.

►►► Retrouvez samedi 23 mai dans L'émission La librairie francophone d'Emmanuel Khérad un long entretien avec Luz

Découvrez aussi le dessin inédit de Luz pour le site de France Inter :

Dessin original de Luz, le 18 mai 2015
Dessin original de Luz, le 18 mai 2015 © Luz pour France Inter

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