Bernadette Lafont reçoit dans l'appartement du Marais parisien qu'elle occupe depuis 25 ans. C'est l'hiver. Il vente, il pleut, aussi allume-t-elle un feu de bois. Le soufflet à la main, elle propose un café. Très simple et accueillante, en robe à fleurs et bottes à poils, l'actrice se dirige naturellement vers sa bibliothèque. Celle qui fut la fiancée de la Nouvelle Vague (Truffaut, Chabrol) dévore les livres. Et sa mémoire est exceptionnelle. En saisissant les romans de Marcel Aymé illustrés par Topor, elle évoque avec gourmandise cette amitié exceptionnelle. Topor et elle ont écrit à quatre mains des aventures qui n'ont jamais vu le jour. Elle incarnait une ancienne star roulant dans une vieille Rolls conduite par un chauffeur (Topor) qui rêvait que sa passagère meurt au plus vite, afin de l'embaumer dans une bulle de cristal. Le feuilleton écrit et enregistré s'intitulait "Glapir et trépigner". Elle était "Bernardette l'antimite". La bande magnétique de ces épisodes qu'elle qualifie de beckettiens traine quelque part, dans ses cartons. La comédienne s'attarde sur les livres de Lawrence Durrell, Marcel Jouhandeau, Paul Léautaud conseillé par Truffaut, notamment ses entretiens avec Robert Mallet. Elle ouvre et lit. - Léautaud : "Personne n'est moins bohème que moi. - Mallet : "On dit même que vous êtes un petit bourgeois".- Léautaud : "Mais oui, je suis un petit bourgeois! Je trouve même très sage d'être un petit bourgeois par l'existence, par les moeurs. Ce qui importe, c'est la tournure de l'esprit. On peut mener une existence de petit bourgeois et en même temps être partisan de lancer des bombes." "C'est sublime, non?", s'émerveille la comédienne. Elle aime aussi Violette Leduc, Roger Nimier et la correspondance de Flaubert ou Louise de Vilmorin. "Je m'aperçois que je ne lis pas de contemporains et je m'en veux" déplore la toute jeune septuagénaire. Au moment d'éteindre le magnétophone, je devine sa frustration. Bernadette Lafont semble réclamer comme un enfant : encore, encore! Jamais vu ça. Alors, le rouge se rallume et les commentaires fusent de nouveau, rieurs, précis, profonds. Retrouvez-les le vendredi 30 janvier, dans "Esprit critique", à 9h 10. En février, Bernadette Lafont lit Marcel Proust avec Robin Renucci et Xavier Gallais, à la Comédie des Champs Elysées.

JL.Sieff
JL.Sieff © Radio France
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