Bernadette Lafont
Bernadette Lafont © Radio France / Anne Audigier

C'est l'hiver. Dans son appartement du Marais parisien, dans une rue perpendiculaire à la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, la comédienne allume un feu de bois. Un oiseau se met à sonner, un coucou qui annonce onze heures (elle aimait cette horloge de chez "Nature et Découvertes"). Accueillante, le regard franc, elle me sert un café puis s'avance, en robe à fleurs et bottes à poils, vers sa bibliothèque.

En saisissant les romans de Marcel Aymé illustrés par Topor, elle commence par évoquer, avec gourmandise, cette amitié exceptionnelle. Topor et elle ont écrit à quatre mains des aventures qui n'ont jamais vu le jour. Elle incarnait une ancienne star roulant dans une vieille Rolls conduite par un chauffeur (Topor) qui rêvait que sa passagère meurt au plus vite, afin de l'embaumer dans une bulle de cristal. Le feuilleton écrit et enregistré s'intitulait "Glapir et trépigner". Elle était "Bernardette l'antimite". La bande magnétique de ces épisodes qu'elle qualifie de beckettiens traine quelque part, dans ses cartons. Les enfants de la comédienne retrouveront-ils cette archive ?La comédienne s'attarde sur les livres de Lawrence Durrell, Marcel Jouhandeau, Paul Léautaud conseillé par Truffaut, notamment ses entretiens avec Robert Mallet. Elle ouvre et lit. - Léautaud : "Personne n'est moins bohème que moi. - Mallet : "On dit même que vous êtes un petit bourgeois".- Léautaud : "Mais oui, je suis un petit bourgeois! Je trouve même très sage d'être un petit bourgeois par l'existence, par les moeurs. Ce qui importe, c'est la tournure de l'esprit. On peut mener une existence de petit bourgeois et en même temps être partisan de lancer des bombes." "C'est sublime, non?", s'émerveille la comédienne. Elle aime aussi Violette Leduc, Roger Nimier et la correspondance de Flaubert ou de Louise de Vilmorin. "Je m'aperçois que je ne lis pas de contemporains et je m'en veux" déplore la toute jeune septuagénaire. Nous sommes en janvier 2009.Au moment d'éteindre le magnétophone, je devine sa frustration. Bernadette Lafont semble réclamer comme un enfant : encore, encore !

Jamais vu ça. Alors, je rallume le Nagra et les commentaires de l'actrice redoublent, rieurs, précis, profonds.

Et si cette rencontre devenait à la rentrée un Atelier fantôme ?

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