C'est sans doute un livre qui fera date. Dans la carrière de l'écrivain Emmanuel Carrère, et dans nos têtes. "D'autres vies que la mienne" bouleverse. C'est un conte. Le parcours initiatique d'un homme insatisfait, jamais sûr de son amour et qui, en assistant à des événements tragiques, change de rapport au monde et aux autres. On commence le livre en Indonésie, au moment du tsunami, des parents perdent leur enfant, Carrère est témoin, impuissant. Au retour, Hélène, la compagne journaliste du narrateur, perd sa soeur d'un cancer. Que peut faire un écrivain? Ecouter et raconter. Carrère rencontre le mari d'Hélène, veuf et père de trois filles. Il recueille aussi le témoignage du meilleur ami de la disparue, un juge à la jambe coupée au dessus du genou, suite à un cancer. C'est lui d'ailleurs, Eric, qui demande à l'auteur de prendre la plume et témoigner de ses vies cassées mais pas pas fichues avec son art, la littérature. En grand portraitiste, le romancier décrit des vies, des vies fragiles. Eros et Thanatos courent l'un après l'autre. La tragédie traverse chaque page mais sans plomber le roman. Au contraire, elle semble donner des ailes à Emmanuel Carrère, en lui donnant (comme à nous) le goût de vivre vite, pleinement, maintenant.Emmanuel Carrère, "D'autres vies que la mienne", POL.

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