Bresil - favellas
Bresil - favellas © corbis

Comment lire le Brésil aujourd'hui, dans sa diversité. Voici 7 choix subjectifs mais avisés de la Bibliothèque de Radio France, à l'occasion du Salon du Livre de Paris. C 'est la violence urbaine qui domine cette sélection.

Pour supprimer la musique, désactiver le player tout en bas de la page

Batida de limao
Batida de limao © 1001cocktails

Lecteur, en hommage à l'âme noire du Brésil, pour accompagner ta lecture nous te conseillons d'abord d'attraper et de boire avec modération une batida de limao. C'est un cocktail à base de Cachaça, l'eau-de-vie de sucre de canne locale, de garapa (jus de sucre bouilli) et de citron. Il a été inventé en 1820 par les esclaves. Il le donnaient à boire aux esprits des morts lors de certains rituels.

Charbon animal - Ana Paula Maia ( Anacaona, 2014)

Traduit du brésilien par Paula Anacaona

L’écriture est abrupte, glaciale, chirurgicale. Ana Paula Maia, jeune relève de la littérature brésilienne nous décrit le quotidien d’un jeune mineur et de deux frères, l’un pompier, l’autre employé dans un crématorium, dans une ville minière du Brésil. Consciencieux, compétents, ces trois hommes ont un quotidien commun, celui de flirter avec la mort et le feu. La vie suit son cours, chaque jour, sans apitoiement, sans plainte, à essayer de vivre du mieux qu’ils peuvent. Toute la force du roman de cette jeune femme de 27 ans, réside dans le courage et la dignité qu’elle porte à ces hommes.

La Terre de la grande soif , Rachel de Queiroz , (Anacaona 2014)

Traduit du brésilien par Paula Anacaona

Ce roman réaliste et social, ancré dans la tradition du Nordeste, est un classique au Brésil. Il raconte l’histoire d’une famille « retirante » (refugiée climatique) qui laisse derrière elle sa ferme et ses animaux. En 1915, le Nordeste du Brésil est ravagé par une des pires sécheresses de son histoire. Plus de 100 000 personnes sont mortes de faim, et plus de 250 000 ont quitté leurs terres et maisons. Ce texte galvanise les thématiques propres à la région et à l’époque : la pauvreté, le déplacement des populations, la mort, la foi, il est emblématique de l’âme du sertão et de son peuple, notamment dans la veine de la littérature de la "terre natale".

Rachel de Queiroz , née en 1910 à Fortaleza et morte en 2003 à Rio de Janeiro, est une femme de lettres, dramaturge, traductrice et journaliste brésilienne. En 1930, à 20 ans à peine, elle publie le roman La terre de la grande soif qui la fait connaître. Elle est la première femme à rejoindre l’Académie brésilienne des lettres, en 1977.

Manuel pratique de la haine – Ferréz (Anacaona, 2009)

Traduit du brésilien par Paula Anacaona

Ils sont quatre garçons et une fille. Chaque jour, ils déambulent dans le chaos urbain de Sao Paulo, opérant de trafic, de projets criminels, dégainant armes à la moindre occasion, dans une existence où l’on tue comme on respire. Ecrit à la manière d’un feuilleton retraçant des tranches de vie, le Manuel pratique de la haine possède une force politique dénonçant les travers d’une société à la fois corrompue, inégalitaire, sans autre issue que la violence.

Ferrez, de son vrai nom Reginaldo Ferreira da Silva , est né à Sao Paulo en 1975. Romancier, poète, rappeur, il se revendique comme auteur de littérature marginale.

Tant et Tant de cheveaux - Rufato
Tant et Tant de cheveaux - Rufato © Radio France

Tant et tant de chevaux – Luiz Ruffato (Métaillié 2005)

Traduit du brésilien par Jacques Thériot

« Sao Paulo, 9 mai 2000…le ciel couvert à partiellement couvert, qualité de l’air, médiocre à satisfaisante … ». Le décor est posé : il sera question dans ce premier roman, de la plus grande ville du Brésil, fondée au milieu du 16ème siècle par des missionnaires jésuites portugais. Mais ici, point de perspective historique, culturelle ou architecturale de la ville. Luiz Ruffato, ex-ouvrier devenu journaliste et écrivain, plonge le lecteur au cœur de la frénésie urbaine et sociale de Sao Paulo.

Alternant les registres littéraires, les codes typographiques et les angles de vues, ce texte trépidant et électrique composé de 70 récits, explore, à en donner le vertige, les multiples variations émotionnelles de l’âme pauliste.

Luiz Ruffato est né en 1961 dans l’état de Minas Gerais au Brésil. Il est lauréat du Prix Machado de Assis de Narrativa de la Fundação Biblioteca Nacional (2001).

La cité de Dieu – Paulo Lins (Gallimard, 2003)

Traduit du portugais par Henri Raillard

Livre coup de poing, qui doit une grande part de son succès international à l’adaptation cinématographique de Fernando Meirelles, la Cité de Dieu est une plongée sur 30 ans dans l’univers ultra-violent de la favela, avec ses règlements de compte, son trafic de drogue, son quotidien sans foi, ni loi. Ce roman, basé sur des faits réels, révèle à travers une galerie de portraits la brutalité et la misère d’un monde urbain totalement dépourvu de justice.

Né en 1958, Paulo Lins est journaliste et scénariste. Recruté en tant qu’assistant pour une étude sociologique sur le crime organisé dans les bidonvilles brésiliens, il mettra à profit cette expérience pour écrire ce livre.

Enfer - Patricia Melo
Enfer - Patricia Melo © Radio France

Enfer – Patricia Melo (Actes sud, 2001)

Traduit du portugais par Sofia Laznik-Galvez

Auteur de polars à succès, Patricia Melo sait privilégier l’action à l’introspection. Dans un style percutant et dynamique, Enfer dépeint l’ascension d’un gamin d’une favela de Rio depuis les bas-fonds jusqu’à son avènement en tant que parrain du trafic de drogue. Violence, amour, trahison… on retrouve ici quelques thèmes porteurs d’un microcosme condamné dès la naissance à la misère ou au meurtre. Et de cet enfer, on n’en sort guère.

Née en 1962, Patricia Melo a débuté dès dix-huit ans sa carrière d’écrivaine en signant des scénarii et adaptations pour la télévision brésilienne. Révélée en France par O Matador , elle aborde la violence urbaine dans la plupart de ses livres.

Capitaine des sables - Amado
Capitaine des sables - Amado © Radio France

Capitaine des Sables – Jorge Amado (Gallimard 1952)

Traduit du portugais par Vanina.

Salvador de Bahia, années 1930. Tout près du port, dans un vieil entrepôt infesté de rats, vivent les Capitaines des Sables : des enfants abandonnés, « enfants-voyous » sales et agressifs âgés de 9 à 16 ans. Regroupés autour de leur chef, Pedro Bala, quinze ans, balafre rouge au visage, il y a Joao Grande, 13 ans, le plus grand de la bande. Puis Joao-José, le « Professeur », le seul qui lit correctement, ainsi que Patte-Molle, l’espion du groupe discutant avec Sucre-d’Orge, un grand maigre aux yeux cernés. Dispersés dans les rues de Bahia, ces jeunes vagabonds fomentent des mauvais coups, sillonnent les docks ou les rues malfamées, accostent des prostituées, s’initient à la capoeira et affrontent des gangs rivaux. Ces jeunes chiens sans colliers croiseront la route de l’abbé José Pedro, qui souhaite sauver ces enfants d’une vie misérable ou encore celle de Dora, étoile à la blonde chevelure

« Entre document naturaliste et épopée lyrique », ce roman écrit en 1937 (troisième et dernier roman de la trilogie consacrée au peuple bahianais, Bahia de tous les saints , 1935, Mer Morte , 1936), dépeint avec beaucoup de pudeur et de finesse, la réalité sociale des enfants des rues de Bahia.

Ecrivain engagé, ancien militant communiste, Jorge Amado est considéré comme le plus grand romancier brésilien contemporain. Chantre du Nordeste et « voix du peuple brésilien », Jorge Amado, (1912-2001) est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits en quarante-huit langues, mêlant romans, nouvelles et contes.

C'EST AUSSI AU SALON DU LIVRE DE PARIS |

France - Brésil : une rencontre littéraire réjouissante >

Faire le tour du monde en 20 livres >

Le Salon du Livre de Paris >

[Découvrez la playlist RF8 spéciale Brésil pour le Salon du Livre > ](http://www.rf8.fr/playlist/salon-du-livre-2015-bresil-39123br / )

Dossier établi par Maria Contreras, Anthony Richard, Véronique Lefalher et Sylvain Alzial de la Bibliothèque de Radio France

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.