Ah ! le plaisant livre que voilà. C’est à un cadeau bienveillant que je dois d’avoir découvert l’ouvrage de Vincent Chenille intitulé « Le plaisir gastronomique au cinéma » préfacé par Jean-Luc Douin et publié aux éditions Jean-Paul Rocher. Un vrai beau sujet qui permet de parler autrement du cinéma tout en restant au cœur du sujet. Puisque aussi bien et comme le souligne Douin dans sa préface, on pourrait subdiviser le monde du Septième Art entre les gras (Welles, Fellini,Leone, Chabrol, Coppola, Almodovar, Tavernier,…) et les maigres (Keaton, Bresson, Rohmer, Bergman, Antonioni), sans compter les actrices et acteurs également déclinables sur cette ligne de fracture. L’a uteur du livre, lui, plonge avec délices dans ces films où il est question de nourritures terrestres sous forme de dîner entre copains, comme chez Sautet ou d’enjeux quasi métaphysiques comme chez Greenaway. Et pour que la lecture ne devienne pas rébarbative ou désincarnée (ce qui serait un comble…), Vincent Chenille multiplie à juste titre les citations, extraits de dialogues et autres descriptions de scènes précises. Tout ici est bien concret : il est question de plats toujours, de recettes parfois, de vins souvent. Le choix d’un plat par un cinéaste n’est pas le fait du hasard évidemment. C’est le découpage du gigot dominical qui fait littéralement péter les plombs à Piccoli dans « Vincent, François, Paul et les autres » et c’est ce même gigot qui, congelé, devient l’arme parfaite du crime parfait dans une histoire d’Hitchcock. Dans « Le Juge et l’Assassin », le procureur Brialy séduit le juge Noiret en lui faisant découvrir « un vin d’Ardèche », le Cornas. Chaque spectateur a cette mémoire gastronomique qui fait qu’un film, une histoire ou un personnage peuvent revenir à la surface grâce à l’écho des papilles gustatives cinématographiques lesquelles ont la particularité de ne faire prendre aucun kilo. Festin de parole et festin d’images, le cinéma nourrit son homme, c’est indéniable. De saveurs très locales comme de goûts exotiques. Et puis, chacun a expérimenté cette envie qui vous prend après avoir vu un film de Nanni Moretti de vous précipiter dans une pâtisserie et faire une orgie de chocolat et de crème. C’est de tout cela et d’autres sujets encore dont parle ce livre qui fait voyager son lecteur dans l’histoire mondiale du cinéma. Et pour vous donner l’envie de le lire, en guise de « Je me souviens » du soir, je ne résiste pas à la tentation de reprendre cette citation savoureuse des « Barbouzes » du tandem Audiard-Lautner. Il faut juste pour la lire se mettre en tête la voix de Ventura (Lagneau) et de Roquevert (le colonel). C’est parti, la scène se passe dans un restaurant pour routiers :« - La serveuse : Aujourd’hui nous avons le plat-de-côtes ou les paupiettes ou le civet de lapin.- Lagneau : Ah ben, vous allez me mettre des paupiettes en ouverture et un plat-de-côtes. Hein ? Non, non attendez, mettez-moi d’abord un civet au lieu des paupiettes, hein ? Et puis mon plat-de-côtes après, quoi. Et puis glissez-moi une petite paupiette avec, hein ?- Le colonel : Vous prendrez bien un petit dessert…- Lagneau : Ah oui. Vous avez des tartelettes ?- La serveuse : Oui.- Lagneau : Eh bien, tout de suite après le fromage, j’y goûterai bien volontiers. Puis alors des petites bricoles. Ce que vous avez, quoi. Crème renversée ou une petite glace. Allez mon petit, allez.Vite, un film !

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