C’est un livre d’amateur. Au vrai sens du terme. C’est un livre qui décline l’art d’aimer les films avec une grande sensibilité. Intitulé « Le Roman du cinéma français » (éditions du Rocher), il est signé par un confrère, Dominique Borde. Le roman dont il est ici question se passe dans les années 60 et 70, assurément un certain âge d’or, un certain goûtdu bonheur aussi comme semble nous le rappeler la photo choisie pour la couverture du livre : Piccoli et Schneider sur une bicyclette, heureux et riant dans « Les Choses de rla vie » de Claude Sautet. Imge forcément signifiante d’un cinéma en mouvement, dans la vie et dans la mort aussi puisque tel est le film de Sautet, entre le bonheur et le malheur. Si le livre de Dominique Borde sait nous toucher, c’est d’abord parce qu’il est un exercice assumé et revendiqué de subjectivité amoureuse. Il ne servirait à rien de lui reprocher des absences : Tavernier ou Renais, Rozier ou Vecchiali, sans compter Demy ou Chabrol. Les présents de Borde sont suffisamment nombreux pour constituer la matière de beaux hommages inspirés. Et d’autant plus que Borde a … bon goût ! Je n’en veux pour preuve que sa défense et illustration d’un film décidément trop méconnu de Truffaut : « La Peau douce ». L’auteur nous dit que c’est pour lui le meilleur film du cinéaste. Ce choix fait plaisir. On ne se prononcera pas sur « le meilleur ». C’est précisément affaire de pure sensibilité. Et pour tout dire on ferait bien quelques ex-aequo de « La Femme d’à côté » de « La Sirène « et de « La Chambre verte » par exemple. Mais peu importe, là n’est pas la question. Borde en nous donnant ce choix de cœur fait pleinement son métier de critique. Il trouve ainsi les mots justes pour dire en trois pages tout ce que ce film recèle d’essentiel et de terriblement beau. Et puis L’auteur trouve ici l’occasion de cultiver une passion qu’on ne songera pas à lui reprocher, bien au contraire. La passion du Melville, cet immense auteur à qui jusqu’à présent aucune somme éditoriale n’a rendu hommage. Les quelques pages que Borde lui consacre ne suffisent évidemment pas à combler cette lacune, mais comme pour Truffaut, il sait trouver les mots justes pour évoquer une filmographie qui ne cesse de nous étonner et de nous fasciner au fil des nouvelles visions. Bref, vous l’aurez compris, la lecture du livre de Dominique Borde n’apporte que des satisfactions fondées sur le plaisir de comparer son regard de cinéphile avec le notre. Des films de nos vies sont bien là. Et c’est ce dialogue entre amoureux qui rend toute conversation cinéphile précieuse et pertinente. En lisant ce roman-là, j’ai bien discuté intérieurement avec son auteur !

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.