Patrick Deville
Patrick Deville © ANDREU DALMAU/epa/Corbis
Léon Trotski
Léon Trotski ©

Dans "Viva" Patrick Deville (Seuil) fait se croiser les destins de Léon Trotsky et de l'écrivain Malcolm Lowry. Deux destins d'hommes absorbés par leur œuvre dans un Mexique bouillonnant.

Dans un monde où il n’y aurait plus de libraires ni de romans, on demanderait à Patrick Deville de nous raconter les fictions et les histoires vraies du monde ancien. Il est déjà un griot philosophe de l’Occident et au fil des années il fait œuvre avec les destins de fantômes qui habitent nos imaginaires. Après l’aventurier William Walker ou le chercheur Alexandre Yersin, il mêle dans le fil des mêmes pages d’un livre, Viva (Seuil), les vies de Léon Trotsky et Malcolm Lowry . L’un, penseur de la révolution permanente, fondateur de la Pravda et de l’Armée rouge, ennemi de Staline, l’autre, poète et romancier britannique, auteur d’Au-dessous du volcan .

La bande mexicaine

Léon Trotski - Malcolm Lowry
Léon Trotski - Malcolm Lowry ©

Ce qui les réunit ici c’est le Mexique de la fin des années 30. Trotsky chez Frida Kahlo et Diego Rivera, Lowry et sa femme à Cuernavaca. A Mexico ils ne se sont jamais croisés, mais dans l’esprit de Patrick Deville ils voisinent dans des allers-retours incessants.

Deville convoqueArtaud , Breton , Alfonso Reyes ou Octavio Paz , invente un personnage, Le Consul, et réinscrit leurs destins plus largement dans ce foisonnant Mexique de l’époque et dans l’Histoire.

Pour Trotsky le politicien, ce sera l’idylle avec Frida Kahlo et les derniers jours de sa vie. Pour Lowry le désespéré, c’est le cadre de son chef-d’œuvre, composé de ses propres souvenirs et d’échos à la mythologie mais aussi au cinéma.

Quand l'écrivain embrasse des destins différents d'un même geste

Deville tisse des liens, enchaînent des images qui semblent ne pas avoir d’autres points communs que sa propre interrogation sur les destins d’hommes engagés, tout dévoués à leur oeuvre, politique ou littéraire et comment l’intime se plie aux contours de l’histoire.

Un roman riche et touffu qui contient mille trésors à déterrer qui se conclut par «Il faudrait relire Jeannot Lapin. Tout est dans Jeannot Lapin, sourit le Consul. »

Cher Patrick Deville, n’exagérons rien.

Extrait :

Dans les semaines qui suivent, Breton aggrave son cas. Un jour qu'il visite en compagnie de Trotsky une église à Chochula, il arrache du mur cinq ou six de ces ex-voto populaires, peints sur des petites plaques de fer découpées dans les bidons d'huile, et les glisse sous sa veste. Trotsky, furieux, garde son calme et sort de l'église à grandes enjambées. Cette fois ce sont les journaux catholiques qui s'en seraient donnés à coeur joie, et auraient lancé une campagne pour l'annulation de son visa et l'expulsion du profanateur. Finalement, début juillet, la petite bande s'installe quelques jours à Patzcuaro, dans l'État du Michoacan. Ils choisissent une grande bâtiisse coloniale d'une dizaine de chambres en bordure du lac. Après le repas, Jacqueline et Frida sortent fumer au bord de l'eau pour éviter les remarques de Trotsky, l'ancien fumeur qui ne supporte plus l'odeur du tabac. Jacqueline se souvient que toutes les deux se comportaient comme des collégiennes. " Nous aimions beaucoup Trotski, mais il exagérait tout et était très vieux jeu."

Vidéo - Patrick Deville

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