Lu ces derniers jours un livre que Christophe Damour (beau nom !) a consacré à Al Pacino et que les éditions Scope viennent de publier sous le titre « Al Pacino, le dernier tragédien ». Passons allègrement sur ce sous-titre un peu excessif et disons d’emblée qu’il s’agit d’un travail remarquable sur un acteur-monstre, qu’il ou soit ou non le « dernier tragédien », référence shakespearienne incluse ! Loin d’être une énième biographie ou une banale filmographie commentée de l’acteur-réalisateur, ce petit album au format presque carré regorge de photos glanées au fil des films de Pacino. Le tout avec la volonté d’entrer dans son visage, ses regards et sa gestuelle. L’auteur se livre ainsi à de passionnants rapprochements entre tel geste dans tel film et telle attitude dans tel autre. Avec à la base de ces analyses successives et « preuves » à l’appui une approche globale de ce genre : « Le plus souvent Pacino accentuera l’intensité de son regard en cachant le reste de son visage à l’aide d’un verre ou d’un récipient équivalent. » S’ensuivent alors des références explicites à des images de « Serpico », « Révélations », « Le Parrain » et « Mélodie pour un meurtre ». Explicites et imparables. On est à chaque fois frappé par la justesse de ce qui est montré. Décortiquer ainsi le corps de l’acteur revient évidemment à plonger au cœur même de la dramaturgie dont il est le vecteur. Au fond, en lisant le travail minutieux réalisé par Christophe Damour, on se prend à rêver à des approches identiques sur Bogart ou Gardner, Garbo ou De Funès. On se dit que chaque « grande gueule » du cinéma mondial mériterait bien cette approche rigoureuse et comparative qui a l’immense mérite de redonner une cohérence globale au corps l’acteur, par-delà l’éclatement et la diversité des rôles, par-delà également les frissons que tel mouvement de lèvres ou d’épaule peut provoquer chez le spectateur amoureux. Un acteur, c’est forcément un culbuto aux mains d’un cinéaste : ici ledit culbuto se stabilise en quelque sorte et ses mouvements antagonistes ou désordonnés font sens. Une fois ce livre refermé, on comprend mieux la mécanique Pacino, ce qui n’enlève rien à son mystère et rend plus séduisant encore son charme.La phrase du soir ?« Je vois un désastre, je vois une catastrophe, pire, je vois des avocats ! »Lenny, alias Woody Allen, dans « Maudite Aphrodite » de Woody Allen

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