Etant ce soir d’humeur badine, résolue et enjouée, je ne vous parlerai pas des mauvais films de la semaine ! Mais d’une lecture récente et plaisante.C’est assurément un livre qui retient l’attention. Sous titré « Film après film, le parcours d’un cinéaste humaniste et en prise avec son temps », le « Bertrand Tavernier » de Jean-Dominique Nuttens qui vient de paraître aux éditions Gremese se situe dans le droit fil des ouvrages que Jean-Luc Douin avait publiés, mais il y a quelques années déjà, sur la filmographie du réalisateur de « Coup de torchon ». Passons avec pudeur sur la maquette désuète de cet album ainsi que sur l’utilisation condamnable ( !) de photos en noir et blanc (alors que d’autres sont en couleurs, ce qui rend plus éclatante encore la pingrerie de la démarche !). Glissons sur l'absence d'un index des noms qui aurait été fort utile. Et cessons maintenant de manier la badine du critique sous peine de passer pour un grincheux. Reste en effet le plus important : une belle approche systématique de l’œuvre de Tavernier depuis « L’Horloger de Saint-Paul » jusqu’au récent » Dans la brume électrique ». Fallait-il consacrer autant de pages au dispensable « La Fille de d’Artagnan » qu’au visionnaire « La Mort en direct » ? La réponse est dans la question.Mais, c’est le propre de ce genre de travail : faire comme si chaque film devait générer une étude identique. Ce que l’on retient en revanche , ce sont les développement consacrés aux « grands films malades » (expression truffaldienne déposée) de Tavernier. Soit des films qui semblent imparfaits et qui révèlent bien souvent la nature profonde d’une cinématographie. C’est vrai de « La Sirène du Mississipi » pour Truffaut comme de « Mortelle randonnée » pour Miller. Dans le cas de Tavernier, « Des enfants gâtés » a incontestablement ce statut spécifique. Nuttens multiplie d’ailleurs les formules pour qualifier cette imperfection signifiante qui finit par rendre le film profondément attachant et pérenne. La personnalité de Christine Pascal, coscénariste du film avec Charlotte Dubreuil et Tavernier lui-même, joua ici un rôle important. Elle a marqué de son empreinte un film qui refuse les pièges du simple film militant sur la crise du logement pour aborder d’autres rivages ceux de l’écriture scénaristique et du plaisir au féminin notamment. Cette seconde dimension est donnée dans une scène totalement à part dans l’œuvre de Tavernier où l’actrice-auteur Christine Pascal analyse et dissèque le plaisir féminin, son plaisir face à Michel Piccoli, son « vieil » amant. Scène essentielle dans laquelle Anne, alias Christine, parle de la jouissance et de l’orgasme. On est alors en 1977, utile précision qui rend le film et ces moments-là d’une audace réelle. 32 ans plus tard, le sujet reste non pas tabou évidemment mais peu abordé de façon aussi frontale. Mais ainsi était Christine Pascal, actrice-réalisatrice météore du cinéma français, un auteur qui, dès « Félicité » son premier film avait eu toutes les audaces. C’est tout le mérite de Tavernier que d’avoir su s’entourer d’auteurs talentueux, ce que met très bien en valeur l’ouvrage de Nuttens.Et puis il ya ce petit tableau pré-impressionniste qu’est « Un dimanche à la campagne » qui, sous des allures aimables, cache les accords douloureux d’un quintette à cordes fondés sur les superbes relations d’un père admirable avec sa fille « préférée ». Et puis ce « Juge et l’Assassin » où l’on boit du Cornas entre notables guillotineurs ! Et puis ce « Coup de torchon » en forme d’OVNI qui est à Tavernier ce que « Buffet froid » est à Bertrand Blier… On n’a fait qu’effleurer ici le contenu de ce livre. C’est avec l’espoir clairement affiché que l’envie vous prendra d’aller vous promener dans ce livre passionnant et qui donne envie de voir ou de revoir. Le propre d’un bon livre de cinéma, non ?La phrase du soir ?« Car la douceur de vivre est si périssable, mon amour… »« Daddy nostalgie » de Bertrand Tavernier

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