Jim Harrison
Jim Harrison © Flammarion / Jean-Luc Bertini

Jim Harrison nous revient en cette rentrée littéraire 2012 avec un roman (Grand maître) et un recueil de poésie (Une heure de jour en moins, à paraître le 24 août 2012. ) aux éditions Flammarion.

France Inter vous permet de lire par avance cinq de ces poémes inédits.

Harrison poéte, ce n'est pas une première : c'est même comme cela qu'Harrison a commencé à écrire, dès l'adolescence. La poésie l'habite complètement. Il écrit quasi quotidiennement.

Il ne la pratique pas de manière purement dilettante. Il cherche, il teste. Le Ghazâl par exemple, forme persane de poésie abordé dans une publication précédente.

La sagesse de l'auteur de Dalva ou de Retour en terre, proche de la nature, lui vient de sa découverte du zen et du tao.

Dans ces poémes on retrouve bien sûr cette poésie des étoiles et de la pleine terre humide que l'on côtoie dans ses romans, mais aussi le secrets de l'amour ou de l'amitié, et des réflexions métaphysiques. "Avant ma naissance j'étais de l'eau.... Né homme, enfant d'humain, homme chantant, homme dansant, amant, vieillard, mourant. C'est une rivière circulaire et nous sommes ses poissons devenus eau " nous dit-il dans Eau.

Michel Vuillermoz
Michel Vuillermoz © Radio France

Michel Vuillermoz, de la Comédie-Française, lit les poémes de Jim Harrison pour France Inter.

Rêves de Dogen

33 sec

Michel Vuillermoz dogen

Qu’arrive t-il quand le dieu du Printemps

rencontre le printemps ? Il pense un instant

à de grandes baleines montant du fond

vers le sommet de la terre, au jour où le voyage

a commencé il y a sept millions d’années quand

le printemps a changé de saison pour la dernière fois.

Il entre en lui-même, le vide

désirant le vide. Il dort

et son sommeil est la danse de tous les oiseaux

terrestre volant vers le nord.

Géo-bestiaire 4

47 sec

Harrison, géogestiaire

href="../../#"> Lecture

Un écolo bébête à lâché

au moins cent colombes blanches apprivoisées

près du gué de notre rivière. Quel festin

il a en toute innocence offert, pour la première fois

des coyotes dans le jardin, une paire de

grands ducs d’Amérique, le mâle hulule

puis la femelle, deux buses rouilleuses,

et puis aujourd’hui à l’aube une ombre stupéfiante

a chassé tous les oiseaux chanteurs,

un faucon émerillon perché dans le saule,

oiseau archaïque, oiseau dieu, à la douce vengeance,

les plumes blanches de son repas,

un tas, parmi d’autres, de neige rougie.

L'amour

53 sec

Harrison, L'amour

L’amour est aussi cru que la viande fraîche, aussi

têtu qu’un scarabée sur la piste d’une crotte.

C’est ce chien celte qui en rêve dévora sa propre queue.

Il nous choisit comme un blizzard choisit une

montagne.

Sept coups frappés à la porte et tu pries pour ne pas

ouvrir.

Le garçon suivit la fille jusqu’à l’école en mangeant

son cœur à chaque pas. Il souhaitait danser

avec elle au bord d’un lac, le vent exhibant l’envers

argenté des feuilles. Le bouquet mouillé de violettes

sauvages qu’il cueillit,

elle le pressait contre son cou.

Elle portait le soleil comme une seconde peau

mais en dessous son sang était noir comme terre.

Sur la tombe de son chien en forêt

Elle demanda au garçon de s’en aller pour toujours.

Réné Char II

44 sec

Harrison, Char

Que sont ces légitimes fruits

de l’audace ?

Les sauts périlleux mentaux blessent

le cerveau.

J’ai parié de dormir nu

dans la neige.

Enfoncer les index dans les oreilles

jusqu’à toucher le cerveau.

Grimper au ciel à reculons car

nous autres poètes vivons à l’envers.

Il est trop tard pour séduire l’héroïne

de mes histoires.

Comment assez pourrait-il être assez

quand ce n’est pas le cas ?

La Grand-Mère n’a pas d’oreilles et alléluia

est le mot le plus obscène qui soit.

Je peux seulement l’adresser aux oiseaux, poissons et

chiens.

Sœur

46 sec

Harrison, Soeur

Je voulais jouer une chanson pour toi

sur notre vieux phono de 1954

à 28 dollars mais il n’y a plus d’aiguille

et on ne les fabrique plus.

L’œuvre de l’homme transforme une voix

en aiguille. À dix-neuf ans tu as été enterrée

dans du bois avec papa. J’ai passé ma vie

à tenter d’apprendre le langage des morts.

Le babil musical des minuscules pinsons jaunes

du jardin s’en approche beaucoup. Il est minuit

et j’accorde ma caresse nocturne au ventre

de la chienne, qui en a réellement besoin.

Peut-être as-tu dérivé loin d’ici tel un antique

oiseau espérant nicher sur la lune.

Livres :

Grand Maître
Grand Maître © Radio France
Une heure de jour en moins de Jim Harrison
Une heure de jour en moins de Jim Harrison © radio-france
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