Linda Lê est une figure de la littérature peu connue du grand public. Sans doute parce qu'elle fuit les media. Discrète, timide, silencieuse et mystérieuse, elle se définit comme "un ours qui se terre". La romancière de 43 ans passe le plus clair de son temps chez elle, dans son appartement parisien, à écrire des romans avec son stylo plume, à l'ancienne. "In memoriam", publié chez C Bourgois, évoque une absente. Sola, romancière vient de se suicider : elle s'est pendue. Deux hommes étaient amoureux d'elle, deux frères rivaux depuis l'enfance. Le plus jeune, qui rêvait d'être le double masculin de cet écrivain va écrire son histoire, et profiter de ce récit pour évoquer aussi son existence, ses frustrations, ses ratages. Les thèmes récurrents de Linda Lê réapparaissent : l'exil, (Linda Lê est originaire de Saïgon et son père est mort là bas, lui qui n'a pas choisi l'exil en France), la figure du père, la gémellité, à travers le portrait de la rivalité des frères amoureux de Sola, l'absence et la culpabilité. Que faire de la mort d'une femme qu'on a aimé? Pourquoi ne pas être parvenu à sauver celle dont "la folie était de croire en une littérature qui sauve"? Ce n'est pas un livre larmoyant, complaisant ou morbide, mais le chant d'amour d'un homme pour une disparue. Un roman incandescent écrit dans une langue classique, ciselée. Chaque mot est incroyablement juste, on devine une langue polie comme un galet, une romancière obsédée par le juste mot et le désir vital d'écrire. Un univers inspiré des écrivains que Linda Lê cite volontiers : Marina Tsvetayeva et la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann qui disait, reprenant Flaubert : "Avec ma main brûlée, j'écris sur la nature du feu".Linda Lê, In memoriam, Christian Bourgois.

Linda Lê
Linda Lê © Radio France
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