Jean-Pierre Darroussin ressemble à ses personnages. Il est doux et rêveur. Son rythme n'est pas le nôtre, on l'envie.Le comédien vit près de La Ciotat et se sert de son appartement parisien, dans le 12è, comme d'un bureau. Au centre d'une pièce, une table sur laquelle et sous laquelle sont posés des scénari, en vrac. A côté, des photos de l'acteur avec moustache et chapeau noir. Une tête de salaud pour un rôle de policier collaborationniste, dans le nouveau film de son ami Robert Guédiguian.Dans le salon, une bibliothèque blanche, remplie de livres d'art et des oeuvres complètes des grands auteurs, Molière, Shakespeare, Racine. Ces livres, c'est son père, ouvrier étameur à Courbevoie, qui les lui as offerts. Darroussin est né pauvre, il a découvert les livres à l'école. "J'ai ressenti une grande fierté quand on a étudié "les Métamorphoses" d'Ovide. J'avais le livre entre les mains et j'étais fier. Le latin aussi me rendait fier". Puis l'acteur saisit ses livres d'art, nourriture régulière. Dans une monographie de Pierre Bonnard, il s'arrête sur un visage de femme dont la mélancolie le touche, parce qu'elle fait écho à la sienne. Une autre, peinte par Toulouse Lautrec, lui a donné envie de rencontrer une femme comme elle, et la rencontre a eu lieu, plusieurs fois d'ailleurs. De Bonnard encore, il s'est inspiré d'un autoportrait qui le montre inquiet et barbu, pour son rôle dans "le Pressentiment", d'Emmanuel Bove, le seul film qu'il ait réalisé. Dans un couloir, un sac de golfeur. Quand l'acteur évoque ce sport qu'il vient de découvrir avec passion, il mime le geste, avec lenteur et précision. Il pratique le golf parce qu'il permet de marcher et de rêver. "Quel confrère ou quel cinéate vous a initié? Ne me dites pas que c'est Guédiguian? " "Non, répond Darroussin, c'est plutôt un sport de producteurs..."La suite, vendredi prochain, le 14 novembre, dans "Esprit critique".

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