Le liseur du 6h27 qui paraît en ce début mai au Diable Vauvert s'annonce comme un succès de librairie .

Jean-Paul Didier Laurent
Jean-Paul Didier Laurent © Gwendolyne Delisle / Christine Siméone

Une histoire presque banale racontée avec un peu d'imagination. Tout est dans le "presque" et le "un peu" qui font tout le sel de l'histoire de cet ouvrier du pilon, ce lieu où l'on détruit les millions de livres invendus. Jean-Paul Didierlaurent donne de l'éclat à la réalité morose de Guylain Vignolles (entendez aussi vilain guignol). Avant même son arrivée dans les rayons (sortie le 4 mai), le succès de ce livre semble filer à la vitesse du TGV plutôt qu'à celle duRER qui en est l'un des principaux décor . L'histoire de ce pauvre type qui trouve l'amour le fait passer pour un "feel good book", mais ce roman a aussi des allures de cauchemar éveillé pour tout écrivain ou éditeur. Le pilon y trouve enfin une quasi-incarnation, représenté en énorme broyeuse, monstre ferrailleur qui avale en ricanant toute la prose invendue de France. Guylain Vignolles sauve son existence en récupérant en secret quelques feuilles sauvées par miracle des mâchoires du pilon et en les lisant à haute voix dans le RER qui le transporte tous les matins.

Entretien avec Jean-Paul Didierlaurent

par

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Votre livre remporte un franc succès en termes de traduction, et il est d'ores et déjà signé en folio... Ce succès promis, que vous inspire-t-il : sauvé du pilon, ouf ? Vous ne serez donc pas transformé en jambe de chair fraîche ?

Ce qui est en train d'arriver avec Le liseur du 6h27 est un véritable conte de fées, et je vis depuis plusieurs semaines un rêve éveillé avec, parfois, le sentiment inquiétant de n'être peut-être que l'innocente victime d'un Truman Show, d'une immense farce, tant l'accueil réservé au livre avant même sa parution (plus de 20 pays se sont déjà appropriés les droits ) va au-delà de toutes mes espérances. Mais j'essaie de garder la tête froide et attends avec impatience la vraie rencontre de mon Liseur avec les lecteurs, car seul le public aura le pouvoir de concrétiser ou non ce succès annoncé.

Le liseur du 6h27 - Didier Laurent
Le liseur du 6h27 - Didier Laurent © Diable Vauvert / Christine Siméone

Quel rapport avez-vous vous-même avec la lecture ? Comment lisez-vous, à haute voix, tout seul dans votre bureau ?

Le temps des vacances, lorsque les heures s'étirent différemment, avec l'impression d'avoir la vie devant soi, est pour moi le moment le plus propice à la lecture. J'ai toujours vu dans les livres bien plus que de simples objets. Quand vous êtes gamin et que vous voyez vos parents se saigner pour acheter de belles encyclopédies, vous avez tendance très vite à sacraliser cette chose qui, pour beaucoup d'autres, n'est que de l'encre couchée sur du papier.

De quoi vous nourrissez-vous ? Dans votre assiette et dans votre tête, que mettez-vous ?

Malheureusement pour ma ligne, je serais plutôt du genre épicurien. Il y a pour moi une véritable jouissance à manger et à boire. Cela fait appel à tous les sens, c'est la vie. Pour ce qui est de la tête, rien ne m'est plus agréable que de me poser à un endroit et d'observer.__ S'asseoir à une terrasse de café, par exemple, et jouer les contemplatifs passifs en me rassasiant des autres . Mais mon plus grand plaisir reste les repas entre amis, ce sont des moments forts où l'on peut à la fois nourrir son corps et son esprit.

Au final, votre personnage principal trouve l'amour. Pourquoi avoir imaginé cette recherche d'une femme et ce happy end ? Pour rassurer les lecteurs ou vous rassurer vous-même ?

Je souhaitais que Guylain sorte du tunnel sombre de sa vie pour accéder enfin à la lumière. Et quoi de mieux que l'amour pour éclairer une existence ! Mais il fallait que cet amour-là soit le résultat d'une quête, la quête d'un Graal qui n'est au début qu'une simple vue de l'esprit, attisée par quelques écrits trouvés par hasard, et se concrétise au final en un être de chair et d'os. Pour ce qui est du happy end , je souhaitais que les gens sortent du livre heureux, comme Guylain au bout de son tunnel, avec le sentiment peut-être que cette fin n'est en réalité qu'un commencement.

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