Et si ce soir, on ne parlait pas cinéma (« la barbe », comme disait Duras…), histoire de (se)prouver que la vraie vie est ailleurs. Peut-être que cette « tentation de Venise » provient du fait que j’ai vu aujourd’hui une calamiteuse comédie française signée Jean-François Davy et intitulée « Tricheuse » (sortie prévue le 24 juin prochain). Le générique de fin nous apprend que pas moins de trois scénaristes ont écrit ce film, de quoi faire vaciller les certitudes quant aux bénéfices de l’écriture plurielle… Parler d’autre chose donc. Par exemple de ces livres qui s’entassent et qu’on n’a pas le temps de lire. Par exemple, ce beau volume des éditions Aubéron, « Les Proses de l’almanach provençal » de Frédéric Mistral paru l’an passé et que je feuillette régulièrement à regret. Ainsi ce texte sur le « tian » qui commence par ces mots : « Il faut ne pas être de Provence pour ignorer ce qu’est un « tian ». Le tian proprement dit est un grand plat de terre, … » Voilà je me dis qu’aujourd’hui j’aurais préféré lire le texte de Mistral sur le « tian véritable, celui de Carpentras » plutôt que de perdre mon temps en allant voir « Tricheuse » du côté des Champs Elysées.J’aurais pu aussi profiter du beau temps et aller faire un tour du côté de l’Ile Saint Louis, ce petit monde à part et hors du temps parisien. Ne faire que flâner et lézarder au soleil le long du quai de Béthune et, pourquoi pas, aller déguster une glace chez B. comme il se doit.J’aurais pu écouter de la musique. Pour la énième fois, mais avec le même plaisir intense et profond, le dernier album d’Alain Bashung, tout en songeant que ce serait bien d’aller revoir du côté de Gainsbourg.J’aurais pu… mais je ne l’ai pas fait. Et j’ai eu tort ! Le cinéma ne saurait résumer le monde évidemment. Aller voir ailleurs ce qui s’y passe ou même ne rien faire, ce devrait être un devoir pour tout critique qui se respecte. Faire la pause pour se laver les yeux, les oreilles et le cerveau. Quitter des images et des sons insignifiants et retrouver le plaisir de regarder et d’écouter. À quelques semaines de la déferlante cannoise, c’est de première nécessité. Alors un mauvais film de moins, c’est toujours ça de pris ! C’est peut-être même un peu de discernement regagné.La phrase du jour ?« On a bavardé, il est resté… »Gwen, alias Faye Dunaway, dans « L’Arrangement » d’Elia Kazan

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