octobre 1941 - Départ de Japonais de Los Angeles pour être internés
octobre 1941 - Départ de Japonais de Los Angeles pour être internés © corbis

Un an aprèsExtorsion , le "dog", James Ellroy, revient en France du 4 au 10 mai pour présenter, à Paris, Marseille et Bastia, Perfidia (Rivages) : une plongée dans le climat de violence contre les citoyens américains d'origine japonaises au moment de Pearl Harbor.

James Ellroy invité dans Boomerang le 4 mai >

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Perfidia, une tempête xénophobe de 23 jours

Perfidia - Ellroy
Perfidia - Ellroy © Radio France

L'Amérique va entrer en guerre, la radio antisémite Klan, qui émet depuis le Mexique, s'insurge contre cette guerre lointaine qui concerne Hitler et Hirohito et pour laquelle, dit le speaker, aucun Américain sain d'esprit souhaite se battre. Delà, Ellroy nous ramène sur le pavé de Los Angeles pendant trois semaines et huit cents pages, durant le seul mois de décembre 1941.

De quoi s'agit-il ? D'un climat xénophobe anti-japonais notamment au moment de Pear Harbor, de haine entre communautés. La famille Watanabee assassinée à la veille de Pearl Harbor. On poursuit et arrête les Japonais d'une manière générale. La police de Los Angeles est sur les dents, sans compter les affaires de viols et de corruption. Hollywood fournit son lot d'intrigues également, beaucoup de bassesses ou de complots derrière les habits de lumière.

Le chimiste et photographe japonais Hideo Ashida, déjà croisé dans le Dalhia noir, fait partie des figures centrales de ce roman. Il est employé par la police de Los Angeles, protégé en quelque sorte par ses supérieurs. Il se retrouve en relation avec l'artiste Kay Lake dont on lit le journal intime. Cette femme de gauche veut en découdre avec la grande Histoire. Elle entretient une relation amoureuse étrange avec un agent de police. Avec elle les phrases d'Ellroy se font plus longues et plus tranquilles. Enfin, apparaît comme une figure mythique, la Reine Rouge, personnage particulier choisi par Ellroy, en hommage à une femme qu’il a aimé passionnément

On s'amusera de croiserBertold Brecht, Leonard Bernstein, Vladimir Horowitz, Rachmaninoff mais aussi Orson Welles, Eleanor Roosevelt , ou le patron du FBI J.Edgar Hoover .

Les scènes défilent tambour battant, les personnages se succèdent, on a le souffle court comme les phrases d'Ellroy. Amitié et rêverie se mêlent au crime au sang et à la corruption, pour faire un sirop doux amer.

Extrait : Ellroy pour l'amertume

Dans la bouche d’Appelez-moi-Jack, directeur du LAPD : > Ces rafles sont une connerie monumentale, et nous le savons tous les deux. La plupart de nos Japs sont des gens bien, mais il est préférable de les incarcérer jusqu’au moment où cette guerre tournera à notre avantage. Ce que je redoute, c’est une réaction brutale de la presse. Nous ne la méritons pas – surtout en cette période où la conscription va nous priver de nos meilleurs éléments. … Ce que je souhaite, c’est voir ces putains de Japonais derrières les barreaux, une ville où règne le calme malgré la guerre en cours, et ces branleurs de réformateurs à la Bill Parker tenus en échec jusqu’à mon départ en retraite. A ce moment-là, je partirai pour Puerto Vallarta, je prendrai une cuite tous les soirs et je baiserai sur mon yacht des señoritas bien roulées. Je veux que cette putain de presse chante les louanges de notre ville et de sa police, aussi reprochables l’une que l’autres, et ça ne me dérangerait pas de toucher un paquet au passage. Vous et moi, Dud, nous savons nous y prendre pour ramasser du fric. Nous voulons les mêmes choses, c’est clair, et vous avez carte blanche, dans les limites raisonnables , pour nous obtenir ce que nous désirons tous les deux. … Je veux qu’avant le Nouvel An l’affaire Watanabe soit résolue, et qu’une inculpation soit prononcée par le jury d’accusation. ### Extraits : Ellroy pour la douceur?

Dans les pensées de Kay Lake

Les femmes tiennent des journaux intimes dans l’espoir que leur prose séduira le destin. Presque romantique, la scène entre le flic Dudley et Bette Davis, partie de dés et de gachette au milieu d’une bande de gamins. > Des rires circulent. Le flingue circule. Il parvient entre les mains de Bette. Elle le sort de l’étui. Elle regarde Dudley dans les yeux.- - Je peux ?- - Je serais déçu que vous n’osiez pas.Bette se lève. Sa robe est tachée. Elle bascule la sûreté et vise le plafond. Elle se débarrasse de ses chaussures pour affermir sa position sur le plancher. Elle déclare :- - N’oubliez jamais Pearl HarborLes gamins sifflent et l’acclament.Elle vide le chargeur. Sept balles, le sept qui porte chance, un vrai vacarme. La fumée s’échappe du canon et l’odeur âcre de la cordite. Des morceaux de plâtre tombent du plafond. Dudley se relève et se passe la main dans les cheveux pour en ôter quelques fragments. Le sourire de Bette rend hommage à sont tact. ……Dudley ôte sa veste et l’étale sur le plancher. Bette lui prend le bras et se penche pour faire une révérence……..Sa voiture de police est le seul véhicule encore présent. Il allume des cigarettes. Ils sont près l’un de l’autre et regardent le ciel. Dudley sent Perfidia __ s’estomper quelque part en lui, dans un endroit où il fait bon vivre. Bon. Et maintenant ? Ils jettent leurs cigarettes. De la main, chacun ôte des cheveux de l’autre quelques fragments de plâtre, et ils se rapprochent pour s’embrasser. ### Lisez les deux premiers chapitres

[Ici promenez-vous dans LA avec James Ellroy > ](https://www.google.com/maps/d/edit?mid=zUlH3wFI7640.kqrA7m8VX6O4) (Carte établie avec le concours de la Bibliothèque de Radio France )
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