Lu dans « Un cœur intelligent » (Stock/Flammarion), le nouveau livre d’Alain Finkielkraut, cette phrase : « On a besoin du détour par la littérature pour comprendre ce que l’on vit ». Petit détournement possible : on a besoin du détour par le cinéma pour comprendre ce que l’on vit. Cela va de soi. Ah vraiment ?! Non, évidemment. Cette fonction attribuée à la littérature ou au cinéma ne va pas de soi. Elle tranche avec la revendication du divertissement : lire un livre ou voir un film reviendrait à s’évader. Non pas un retour à soi via un détour par l’art, mais un éloignement au contraire, histoire d’oublier, de rêver et surtout surtout surtout ne pas se laisser entraîner dans le jeu dangereux des analogies, comparaisons et autres résonances intimes. La phrase serait alors la suivante : on a besoin du cinéma pour fuir ce que l’on vit. Force est de constater qu’en ce qui me concerne le cinéma (et plus encore la littérature, mais cela c’est une autre histoire… personnelle !) ne se conçoit réellement qu’à travers sa fonction « utilitaire » et non récréative. La notion de « détour par » me semble alors particulièrement féconde et juste. Le cinéma ne remplace pas la vie, il ne s’y substitue pas et il n’y apporte aucune « réponse » directe. En revanche, le passage par le cinéma s’avère souvent salutaire pour effectivement « comprendre » le réel, le cas échéant l’accepter ou le dépasser. Les films deviennent ainsi des objets de dialogue : ils entrent en conversation avec nous. On atteint d’ailleurs à tel point l’intime que souvent on garde pour soi ces « découvertes ». Elles sont en dehors même des appréciations que l’on peut porter sur le film, loin, bien loin des considérations sur le jeu des acteurs, le scénario ou le montage. Pour ma part, j’attribue à un certain nombre de films cette vertu analytique. Je les connais, je les revois et je ressens à chaque fois les mêmes émotions parfaitement intimes. Ils font partie intégrante de ma vie puisqu’ils m’ont permis de mieux la comprendre donc de mieux la vivre. Tout l’intérêt serait de vous donner ici un voire des exemples de ces films « de chevet » Mais ce serait aller trop loin dans la confession ! Il faudrait vous ouvrir mon cœur pour vous parler d’un film et cet exercice-là virerait à l’impudeur totale. A l’ « auto-fiction » s’ajouterait… l’ « auto-critique ». Très peu pour moi ! Reste l’absolue certitude que des films et des livres peuvent éclairer le chemin.Ah ! ça ira !La phrase de l’après-midi ?« Telles choses deviennent réelles qui n’existaient d’abord que dans l’imagination… »Casanova

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