Laurent Carpentier
Laurent Carpentier © Stock

Ils sont plusieurs écrivains en cette rentrée à s'être plongés dans des histoires de familles, souvent leur propre famille.

C'est le cas deGérard Lefort, Christophe Boltanski, Sorj Chalandon et Laurent Carpentier . Ces quatre auteurs ont la particularité d'être ou avoir été journalistes ou grand reporter, à l'Obs, Libé ou Le Monde. Ils font de la famille un sujet d'enquête, d'introspection et de fiction.

Famille, fais moi mal !

Première réussie pour ce grand reporter du Monde, car Les bannis de Laurent Carpentier est un premier roman. Fort en images, précis dans les sentiments, il décrit méticuleusement comment la famille fait mal, sans le vouloir, sans mauvaises intentions, par affection. L'auteur a dû en passer par la psychanalyse pour mettre à distance des démons tapis dans les secrets de famille. Les choses que l'on connaît peu ou à moitié, des icebergs qui cachent leurs maléfices sous les eaux calmes de la normalité. Dans la famille de Laurent Carpentier, il y a en plus assez de morts violentes ou tragiques pour faire plusieurs romans avec ces bannis par l'Eglise, ceux que le Parti Communiste a rejeté, ce héros de le résistance exécuté. Une constance à se faire éliminer qui fait encore frémir l'auteur comme une malédiction.Toutes ces choses Laurent Carpentier sait les écrire avec tendresse et poésie.

Laurent Carpentier (Entretien Christine Siméone)

Ce n’est pas l’histoire d’une famille mais les méandres de mon âme torturée que je poursuis pas à pas dans l’obscurité. Si j’avais dressé un arbre généalogique, il aurait été couvert de foulards noirs, de larmes de givre, chargé de branches mortes. Sur la plus haute, un martinet un peu con chantant des airs de victoire, tambour-major d’une armée défaite voulant croire à son invincibilité. [.... ] Tous, ils marchent en chantant. Ils ne sont ni joyeux ni tristes, mais ils chantent. Ils sont ma famille, mon peuple, ma condamnation à l’errance. Ils viennent de Picpus ou de Bretagne, de Bucarest ou de Tunisie, d’Istanbul ou de Lannemezan, de Pittsburgh ou du Jura… Ils n’ont souvent rien en commun et pourtant ils fredonnent tous le même chant d’exil, le même récit d’un bannissement. Extraits Les bannis - Laurent Carpentier

Chacun sa place

DansProfession du père, Sorj Chalandon raconte l'histoire d' un père-tyran, menteur, proche de l'OAS. Pour le petit garçon qui l'observe et le craint, ce père est un continent obscur qui distille beaucoup de larmes dans la plume du jeune garçon devenu écrivain .

Sorj Chalandon
Sorj Chalandon © corbis

Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. Je n’avais pas le choix. C’était un ordre. J’étais fier. Mais j’avais peur aussi… À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet.

Entre un père qui vit dans un autre monde, celui du complot permanent, et une mère soumise et résignée qui s’excuse par des « Tu connais ton père »… cela donne une famille, ou plutôt une cellule familiale, sous tension, enfermée dans ses secrets, mais que l'humour et la tendresse de Sorj Chalandon éloignent de tout pathos et de toute haine.

L'auteur de Mon traitre livre ici son roman le plus poignant, une épreuve du feu pour faire face à son enfance.

La première phrase du livre deGérard Lefort, Les amygdales , évoque les souffrances d'un arbre, est-ce une métaphore des nœuds et troubles d'un arbre généalogique ? Le jeune homme qui observe sa famille, essaie de s'en sortir, d'exister, de trouver sa place et de se trouver tout simplement. On retrouve l'humour caustique de Gérard Lefort, qui fut journaliste à Libération et forte voix du Masque et le plume sur France Inter, transposé ici dans l'exercice d'un premier roman plein d'images saisissantes.

Christophe Boltanski est venu raconter sur France Inter en quoi a consisté l'enquête sur l'histoire de sa famille pour écrire La cache (Stock). Revenant sur la deuxième guerre mondiale, il revisite au sens propre du terme un appartement parisien et ses différentes pièces. Ce lieu existe toujours et porte la mémoire d'une famille juive pendant la guerre, sa famille.

Christophe Boltanski - écrire sur sa famillepar franceinter

Avec Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France

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