Le film "Sagan" fait des entrées. "A toute allure", la biographie magnifique de Marie-Françoise Lelièvre, chez Denoël, est un succès. En revanche, la réédition des romans de Françoise Sagan indiffère. Bref, le personnage romanesque séduit, mais l'écrivain n'attire pas de nouveaux lecteurs. Pensez pourtant à emporter cet été avec vous la série des petits livres signés Sagan publiés chez l'Herne. Chaque ouvrage de 9 euros 50 rassemble des articles de presse que la romancière a rédigé pour les journaux féminins, surtout. Lisez par exemple le magnifique "Au cinéma". Françoise Sagan raconte ses rencontres avec des stars. Cinéastes ou acteurs et actrices. L'intelligence de la romancière saute aux yeux. Quel art du récit, quelle intelligence de l'autre! Elle était très curieuse, avide de découvrir un autre territoire que le sien, sans voyeurisme.Ainsi son portrait d'Ava Gardner qui comme elle aimait les hommes et les femmes (il n'en est pas fait mention). Mais on devine ce lien entre elles et sa compréhension de la beauté froide de l'actrice n'en est que plus intense. Elle la décrit comme une bête insaisissable : "C'est un animal très beau et très digne de ce fait, et très étranger". Quand Sagan écrit sur Ava Gardner et même sur Bardot, ces tigresses d'une liberté scandaleuse, comment ne pas deviner une part d'autoportrait ?De Catherine Deneuve, qu'elle rencontre à son domicile parisien de la Place Saint-Sulpice, elle remarque sa simplicité, mais à la fin de son portrait louangeur, on devine que la romancière ne sait pas vraiment si l'actrice simule la simplicité ou même, si elle a quelque chose à dire.Depardieu l'émeut. Parce qu'il éprouve autant de mépris qu'un besoin d'admirer, Barbara, Duras... "Elles étaient belles, ces femmes, me dit-il un jour..."Sommet de l'intelligence et de l'art du portrait : la description du cinéaste Joseph Losey qui toute sa vie s'en voulut de s'être mal conduit avec sa mère. De cet acte tragique, analyse la romancière, naîtra tout le cinéma de Losey. On aimerait connaître cet article par coeur. Enfin l'humour de Sagan se devine à chaque page, incapable de mentir. C'est peut-être ça d'ailleurs, son tout premier talent, la vérité et l'authenticité. Sommée de critiquer "Moderato Cantabile" de Peter Brook, adaptation du roman de Duras avec Jeanne Moreau et Jean-Paul Belmondo, elle signe une critique féroce, avec cette délicatesse désarmante qui devait être la sienne : elle n'évoque pas un film raté, mais un film "manqué". Il y a toujours dans son écriture une vérité explosive. "Au cinéma", F Sagan, Carnets de l'Herne.

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