Le 34e Salon du Livre de Paris ouvre ses portes le 21 mars.

30 auteurs argentins sont invités, mais l'Argentine a privilégié la venue d'auteurs favorables au gouvernement Kirchner. franceinter.fr refait la liste à sa façon.

Parmi les invités on compte notamment une écrivaine argentine de langue française,Laura Alcoba , auteur de Manèges et Le bleu des abeilles (Galllimard) .

Laura Alcoba
Laura Alcoba © Jean-Baptiste Millot

Fille d'un opposant emprisonné durant la dictature argentine (1976 -1983), elle est plus lue en Argentine qu'en France et c'est donc à ce titre qu'elle figure parmi les invités. Elle sera donc au côté d'auteurs comme Guillermo Martinez (mathématicien et écrivain de polars), et d'autres encore comme le dessinateur de Mafalda, Quino .

Manquent à l'appel quelques grands noms que les lecteurs français ont l'habitude de lire : Rodrigo Fresan ,Martin Capparos, Edouardo Berti ou Alan Pauls , retenu pour raisons personnelles, récemment auteur de Histoire de l'argent (Bourgois), absent pour raisons personnelles.

Celle liste a bien été l'enjeu d'un choix politique, selon Laura Alcoba, car en Argentine le débat n'est pas serein, et le gouvernement peu enclin à entendre les critiques y compris quand elles viennent de son propre camp. Il y les K et les anti-K. Toutefois il y a aussi dans cette liste quelques personnalités qui n'ont pas peur de critiquer le gouvernement argentin.

Entretien avec un absent : Cesar Aira

DansLe Testament du magicien ténor (Bourgois), César Aira reprend le personnage du magicien à qui il a déjà consacré un roman . Au moment de mourir il lègue au Bouddha l'Eternel un tour de magie extraordinaire. Un avocat est chargé de se rendre en Inde pour lui remettre une enveloppe contenant le secret de cet héritage. Arrivé sur place, il s'avère que Bouddha l'Eternel est un étrange personnage miniature, et qu'une société multinationale le soutient financièrement; il doit bien y avoir une raison. C 'est un livre plein d'humour, d'étrangeté, où comme toujours avec Aira le réel dérape joyeusement vers le fantastique, et où l'auteur se joue de toutes les formes littéraires.

Cesar Aira
Cesar Aira © Mathieu Bourgois
  • Quel était votre propos, votre intention, avec Le testament du magicien Ténor ?

    L’intention est toujours la même : écrire un livre d’aventures que restitue l’émotion et la fantaisie des livres que je lisais étant enfant, mais sans trahir tout ce que j’ai lu après. Écrire Jules Verne sans oublier que j’ai lu aussi Lautréamont.

Il n’y a jamais une intention plus précise. Je crois qu’il est inutile de l’avoir parce que l’écriture se moque des intentions, surtout dans mon cas, parce que j’écris en improvisant et je ne sais jamais ou me mènera l’imagination. Dans ce livre du Magicien Ténor, l’idée initiale était celle d’un magicien qui invente un tour de magie très spécial : monter et descendre une escalier en même temps. Quoi faire avec ce tour merveilleux ? Qui mériterait de connaître son secret ? Ainsi a commencé le voyage, qui m’a mené très loin.

- On retrouve dans votre roman des ingrédients déjà connus : le magicien, le bouddha, le voyage en Asie. Sont-ils pour vous comme des jouets qu 'un enfant re convoque sans cesse pour de nouvelles parties de jeu. Avec changement d'espace-temps ?

Je veux faire quelque chose de différent chaque fois, mais le résultat est toujours un peu le même. On retrouve les mêmes sujets, les mêmes personnages, les idées, y compris les mots. C’est inévitable, et je me suis résigné. Vouloir forcer les choses donnerait un résultat artificiel. Je suis ce que je suis, c’est incontournable, mais on fait le travail pour construire cet autre en soi qui peut-être apparaitra quand l’œuvre sera fini. Et l’œuvre est toujours le même livre, vu d’un angle différent.

- Vous évoquez l´idée d´un livre qui s'écrit "sans réfléchir " si je puis dire, avec de multiples auteurs. D'un autre côté on parle souvent d'écriture automatique à votre propos. Alors comment écrivez-vous : les yeux fermés, en cuisinant, en toute décontraction ou en transat ?

Malheureusement l’écrivain est très souvent un intellectuel, et l’intellectuel ne peut (ne doit) inventer, il est compromis avec la vérité. Dans la perspective de l'art, ou dans le système de valeurs de l'art, la Vérité est une banalité, est un lieu commun. C’est pourquoi je préfère refouler ma pensée qui se veut «intelligente » et laisser aller le côté enfant. Je crois que le plus néfaste pour la littérature est de lui donner de l’importance, de la prendre au sérieux. Elle est un jeu, sans conséquences.

Cesar aira testament
Cesar aira testament © Radio France

- Tout ça ne me dit pas dans quel état physique vous vous trouvez quand vous écrivez: vous souffrez ? vous riez -comme nous lecteurs ? un écrivain m'a parlé récemment de "chemin de croix"... et vous?

L'état en général est de surprise; je suis en train de voir se passer des choses auxquelles je ne m'attendais pas. Il y a un moment d'euphorie, et après un long découragement.

- Que puisez-vous aujourd'hui dans l'esprit Dada et le surréalisme ?

L’invention, la liberté, une certaine irresponsabilité, la possibilité de faire tous les arts sans faire aucune de façon professionnelle. Et si Dada a produit Duchamp (ou est-ce le contraire ?), Dada est justifié pour toujours.

- Le choix des auteurs argentins invités au Salon du Livre de Paris a fait polémique en Argentine. Clairement il semble qu'il vaille mieux être bien vu du gouvernement. Quelle a été votre situation et que pensez-vous de cette polémique ? Comment va l'Argentine ?

Je ne parle jamais de politique, ni de football.

France Inter au Salon du livre :

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