C'est drôle, un écrivain. Ca vit et ça déforme. Ca sourit et ça assassine. Lui, en tout cas. Philippe Sollers (qui donnerait sa chemise pour être vu et ainsi tenter d'être lu) m'a reçu aimablement il y a quelques mois, chez lui, pour me présenter sa bibliothèque. Souvenir de 50 minutes délicieuses auprès d'un érudit, balade avec lui comme guide de ces pièces envahies de livres et de l'odeur des livres, bref, une immersion en bonne compagnie dans une histoire des arts et de la littérature. L'entretien fut passionnant, courtois, amusant, tant Sollers égratigne (non sans aigreur et amertume, d'ailleurs) la plupart de ses contemporains. A la diffusion (comme toujours, le vendredi), la bibliothèque de Philippe Sollers durait 8 minutes. Il avait accepté le principe. Voici le compte rendu par Philippe Sollers de cette rencontre, avec une mauvaise foi et une relecture savoureuses, dans "Un vrai roman, Mémoires", chez Plon (p121). Intermédias :La scène a lieu de nos jours. Un type de la radio, pressé, veut que je lui montre ma bibliothèque. "Oh, me dit-il, je n'ai jamais vu autant de livres chez un écrivain!" "Combien de temps avons-nous?" "Huit minutes".Allons-y. Les classiques donc : Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide, Platon, Aristote. Et puis là, en bas, Pindarre, Thucydide, Virgile, la Bible, bien sûr... "Je vois Sade et Bataille côte à côte" me dit le type, allumé. Oui, mais il y aussi Saint-Simon, Bossuet, Pascal, Baudelaire, Lautréamont, Rimbaud, Artaud, Nietzche... Le temps presse : "Et les contemporains?" "Ils s'évacuent assez vite". Il y a aussi Balzac, Stendhal, Proust, Joyce, Kafka, Céline... "Oui, bon, et les livres d'art?" "Il nous reste combien de temps?" "Trois minutes". Ecoutez, la peinture chinoise, l'italienne, Manet, Cézanne, PIcasso... "Et pourquoi la Fontaine, là?" "Perfection rythmique" dis je. J'ai à peine le temps de lui réciter deux vers de La Fontaine. Il arrête, s'enfuit, "merci beaucoup".... Perte de mémoire ou méchanceté gratuite? A vous de juger.

Sollers
Sollers © Radio France
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