Nager, c’est comme faire du vélo ! La régularité de l’effort et la nécessaire fluidité des mouvements aériens ou aquatiques pousse à l’épanouissement de la pensée. Que faire d’autre sinon laisser vagabonder son esprit ? Mission parfaitement accomplie dans les eaux chaudes et tranquilles d’un lac languedocien… De retour sur la terre ferme, on commence la lecture du livre de Claude Lanzmann, « Le Lièvre de Patagonie » (Gallimard). Plus de 500 pages pour ces « Mémoires » d’un cinéaste essentiel : lecture retardée à Paris et bienvenue en vacances quand le temps permet d’y consacrer plusieurs heures d’affilée. S’étonne-t-on vraiment de découvrir dès la quatrième ligne du chapitre 1 un souvenir du futur cinéaste Lanzmann lié au cinéma, alors qu’il n’était âgé que de cinq ans ? Il n’est pas ici question d’un récit chronologique, alors il ne s’agit pas forcément du premier souvenir cinématographique. Mais là n’est pas le propos. Ce souvenir d’une projection d’un film mineur « L’Affaire du courrier de Lyon » avec Pierre Blanchard d’après la fameuse affaire Lesurques ouvre le livre et lui donne immédiatement sa singularité. Et plus précisément la singularité de Lanzmann. C’est quoi ce souvenir ? Pourquoi ce film ? Pour quel enjeu de mémoire ? Pour quel poids dans le récit d’une destinée ? Si le film a marqué à jamais l’esprit du cinéaste c’est parce qu’il montre une exécution capitale, scène traumatisante à partir de laquelle se construit la mémoire d’un cinéma certes de fiction, mais qui montre du réel et du réel dramatique. Inspiré d’un fait-divers de premier plan, « L’Affaire du courrier de Lyon » n’est donc pas un film « innocent » (soit dit en passant, il n’ y a pas de film innocent !). Le petit Claude Lanzmann en fera des cauchemars des années durant et on peut imaginer que Lanzmann le cinéaste est peut-être né ce jour-là dans la confrontation d’un regard et d’une émotion, l’essence même du cinéma.Ce démarrage « en cinéma » des mémoires de l’auteur de « Shoah » vous hypnotise immédiatement et capte votre attention. On sait intuitivement que la suite du livre s’inscrira dans ce sillon où se mêlent passé et présent. Par définition, bouder est un vilain défaut et on ne boudera nullement son plaisir d’avoir ces pages à lire et à découvrir. Rassurez-vous, je ne vous ferai pas un commentaire des 545 pages restantes ! J’espère simplement vous avoir donné l’envie de vous y plonger à votre tour.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Les mots nous aiment, alors il nous faut les aimer ! »Virginia Woolf

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