Julien Gracq long
Julien Gracq long © corbis

Et si, une fois n’est pas coutume, les spots de la rentrée littéraire étaient braqués sur l’un des auteurs les plus discrets…

Et si le « buzz » de cet automne se faisait autour de Julien Gracq ?

Lui qui avait refusé le prix Goncourt en 1951… Et si parmi les 600 nouveaux titres publiés, on lisaitLes Terres du couchant ,un inédit de Julien Gracq que les éditions José Corti (seul et unique éditeur de Gracq) font paraître en ce 9 octobre.

Depuis le décès de l'auteur en 2007, les éditions José Corti ont publié deux autres inédits de Julien Gracq, sous le titre Manuscrits de guerre, tirés de son expérience de lieutenant dans les années 40.

Bernhild Boie, détentrice du droit moral sur l’ensemble des écrits de l’auteur, a veillé sur cette publication et en explique la genèse dans sa postface. C’est en 1953, donc après leRivages des Syrtes ( 1951), que Julien Gracq entreprend ce roman, Les Terres du couchant , qu’il abandonnera en 1956 pour se consacrer à l’écriture dUn balcon en forêt (1958).

En somme, nous vivions bien. Chaque saison amenait ses fruits et ses plaisirs, et la Terre du Couchant n’était pas avare. Les vices dans le gouvernement du Royaume étaient si vieux, et leurs méfaits si capricieux dans leur enchevêtrement qu’ils finissaient par participer des hauts et des bas qui donnent sa variété à tout spectacle naturel : et si on formait le vœu parfois de les voir « s’arranger », c’était de la même lèvre pieuse dont on souhaite que le temps « s’arrange » après la grêle ou la gelée.

Ainsi débute ce récit inédit de Gracq, dans lequel on retrouve des thèmes du Rivage des Syrtes : un royaume imaginaire engourdi dans la corruption et le renoncement, une route :

A travers trois cents lieues de pays confus, courant seul, sans nœuds, sans attaches – un fil mince, étiré, blanchi de soleil, pourri de feuilles mortes, il déroule dans mon souvenir la traînée phosphorescente d’un sentier où le pied tâtonne entre les herbes par une nuit de lune, comme si, entre les berges de nuit, je l’avais suivi d’un bout à l’autre à travers un interminable bois noir.

Au bout du chemin, à la frontière du Royaume, perchée sur une colline, une ville assiégée que le narrateur et ses quatre compagnons vont rejoindre pour lui porter secours, face auxinvasions barbares.

Il y avait dans cette escalade fantomatique quelque chose de trouble à la fois et d’exaltant qui faisait battre le cœur : quand, au combat, on s’est senti une fois franchi par la vague , et qu’on respire vivant au cœur de la terre enserrée, le sentiment poignant du sursis chichement accordé qui fait exploser en vigueur, on dirait, chaque seconde de vie, se mêle étrangement à celui d’une liberté encore inconnue : on dirait qu’une décompression brutale s’opère au cœur de l’impossible, on se sent porté comme sur de l’eau, le cerveau anormalement lucide et cependant chaque cheveu perlant à la racine sa gouttelette glacée – la terre autour de soi plus insolite que le rêve, belle comme on ne la verra jamais, tout entière irradiée de cette fine palpitation bleu éclair de certaines nuits d’orage.

Cet inédit nous rapproche un peu plus intimement de l’œuvre de Gracq, de son regard sur le monde, de sa perception de l’histoire et de son imaginaire. Et surtout, il nous offre de magnifiques pages d’une immense poésie.

Julien Gracq
Julien Gracq © Radio France
_Annelise Signoret, de la Bibliothèque de Radio France_ - **Julien Gracq, _Les Terres du couchant_** , [**éditions José Corti,** ](http://www.jose-corti.fr/auteursfrancais/gracq.html)octobre 2014 - [Réécoutez _**Une vie, une oeuvre**_ sur France Culture ](http://www.franceculture.fr/emission-une-vie-une-oeuvre-julien-gracq-2012-06-23) - [Julien Gracq, entretiens avec Jean Daive, éditions Radio France](http://sites.radiofrance.fr/radiofrance/kiosque/liste.php?sAuteur=Gracq) - [Bibliographie de et sur Julien Gracq](http://web.archive.org/web/20071216091413/http://www.ac-nice.fr/lettres/agreg/articles.php?lng=fr&pg=98) (au programme de l’agrégation de lettres, 2008) > - [La magie du verbe chez Julien Gracq](http://www.autourdejuliengracq.fr/Autour_de_Julien_Gracq/Sommaire.html) >
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