Ils l'ignorent encore, mais ils ne seront plus les mêmes demain. Au moment des adieux, ils vivront une sorte de baby blues. Etre juré du Livre Inter a changé celles et ceux qui ont vécu cette expérience. Explications : c'est d'abord un moment extrêmement solitaire. Seul, face à sa page blanche, il faut parler de soi et de son rapport à la littérature. Ecrire une lettre de motivation pour devenir juré. Une fois sélectionné (24 lettres sont retenues), le futur juré doit lire dix romans. Il a deux mois pour lire et choisir. Autre grand moment de solitude car en plus de sa lecture, il doit mettre en forme ses arguments, pour le jour J. Le voilà, ce jour J. D'une solitude extrême il faut plonger dans le bain du groupe, de l'assemblée, du collégial. Ils et elles se retrouvent autour d'une immense table, chacun donne d'abord trois choix, en les justifiant, puis ils votent après deux ou trois heures ou quatre heures de débats. Nous, journalistes, assistons dans l'ombre et en silence aux débats, avec le même intérêt depuis des années. Très vite, les jurés se tutoient. Certains se retrouvent dans les jugements des autres. On voit des familles de goût et de pensée se former peu à peu. Il y a les forts en gueule, les timides maladroits, quelques autistes, des passionnés surtout, capables d'évoquer un style, une langue. Une fois le prix décerné, les jurés dînent ensemble, et le lauréat les rejoint. Intimidé, lui aussi. Puis les conversations reprennent. On parle du livre primé, des autres moins chanceux, nous devons parler de la radio et de ceux qui la font. Demain, ils devront prendre le micro et faire une émission, Esprit critique et Service public, une heure vingt consacrée à leur énergie mise au service du Livre Inter. Comment ne pas repartir un peu transformé, chamboulé, triste et joyeux à la fois? Cette année, il manquera une présence importante : Maryse Hazé, organisatrice du prix depuis plus de trente ans, partie en retraite l'été dernier. Son sourire, ses yeux bleus, son indécoiffable chignon, son intelligence lumineuse, son attention aux jurés, aux auteurs et aux éditeurs étaient indispensables au prix. Il vivra sans elle, c'est certain, avec l'énergie désormais d'une autre amoureuse des livres, Irène Ménahem. Irène a aussi les yeux bleus, elle tremble à l'idée de reprendre le flambeau, or elle ignore qu'elle est déja des nôtres, adoubée depuis le premier jour pour son goût des autres et son regard juste sur la littérature. Bienvenue à toi, Irène, et profite de ce moment là. Méfie toi, tout de même. Le baby blues après le prix ne gagne pas que les jurés!

E Perreau, dir com,  V Josse, E Bettan, une pause durant les débats
E Perreau, dir com, V Josse, E Bettan, une pause durant les débats © Radio France
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