Il y a quelque chose de vertigineux en juin, pour un journaliste dit "culturel". Les livres arrivent par centaines. Et le désir se mêle à la culpabilité. Plaisir savoureux de découvrir en avant-première ce qui fera la rentrée littéraire de septembre et délicat travail de choix à opérer. Déja, des livres sont morts nés. Nous ouvrirons ceux que nous attendons et ne laisserons pas suffisamment de chance à l'inconnu. Faute de temps, de place dans nos journaux, faute de curiosité peut-être aussi (ah, ce sempiternel mea culpa du journaliste).C'est donc avec un plaisir évident que l'on pose sur sa table de chevet le prochain Kureishi, et encore? Le nouveau Jean-Paul Dubois, appétissant avec un Paul Stern, toulousain, la cinquantaine, à qui l'on propose un séjour à Hollywood, le temps de l'écriture d'un scénario ("les accomodements raisonnables", éditions de l'Olivier)... Hâte aussi de lire le nouveau roman d'Olivier Rolin et même, le Christine Angot, capable du pire mais aussi du meilleur. Dans "le marché des amants", au Seuil (elle a encore changé d'éditeur), la reine de l'autofiction tourne autour de ses amours avec l'ami du Président, Doc Gynéco. La 4è de couverture fait un peu peur, on trouve entre autres : "Une femme blanche rencontre un homme métis, Bruno". Serait-ce le pire, alors? On la lira.Premiers romans? Il y en aura forcément plusieurs dans les 6 à 700 romans de la rentrée. Envie de lire chez Gallimard, "la meilleure part des hommes", de Tristan Garcia. Ce jeune normalien spécialiste de philosophie (il a inventé pour sa thèse, un nouveau concept!) a écrit un premier roman sur des années qu'il n'a pas vécues : les années 80. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux qui tombe amoureux d'un ancien militant gauchiste. Une génération déchirée par le Sida, avec au centre, une haine radicale et absolue! Un peu de radicalité, pourquoi pas, et un jeune homme qui parle de ces années sans les avoir vécues? C'est une première. Enfin, sur la pile (qui va monter jusqu'à l'écroulement fatal), le nouveau roman de Colombe Schneck dont la rumeur est bonne. Jamais lu Colombe, ma camarade du matin aux yeux verts et aux bafouillis légendaires. C'est l'occasion. Dans "Val de Grâce", chez Stock, elle raconte sa vie de petite bourgeoise gâtée et demande, en 4è de couverture : "Est-ce qu'on me pardonnera d'avoir été aimée à ce point?". Tiens, ça lui ressemble. Colombe demande toujours si on l'aime... encore.Et parmi ces centaines de romanciers, combien pensent à la postérité, au-delà de cette rentrée? Aucun ne l'avouera, bien sûr. On retiendra ce vrai faux aveu d'Eric Chevillard (ce génie de l'humour) sur son blog, "l'Autofiction" :"Cruauté de l’artiste, de l’écrivain. Car il s’agit bien pour lui de laisser une trace si belle et si profonde qu’après sa mort et à jamais les hommes déplorent sa perte, il s’agit que les générations à venir à leur tour le pleurent, ce cher disparu de l’humanité, et que ne naissent plus désormais en ce monde que ses lamentables orphelins."

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