Loin du cliché sur les auteurs de BD enfermés dans leur atelier, Zep tient depuis un an un blog hébergé par le site du journal Le Monde.

Zep
Zep © Radio France / AD/France Inter

Le titre est incroyablement optimiste : What a wonderful world ! "Le père" de Titeuf y livre en croquis son regard sur le monde, et son quotidien.

Le chroniqueur plus habitué au rythme de publication des albums a très vite trouvé son public. Volontiers scatologique, ou branché sexe, il peut aussi être touchant et efficace comme quand le mois dernier, il publie un post sur les migrants dans lequel il met en scène son personnage fétiche, Tifeuf. Il vient de publier un recueil d’une sélection de ses posts.

Nous lui avons demandé d’en commenter deux.

L’art du croquis sur le vif comme ci-dessous, est-ce un exercice naturel pour vous ?

What a wonderful world ! - page111
What a wonderful world ! - page111 © Delcourt / zep

Je fais ce métier parce que j’adore dessiner. Je pense que j’ai appris le monde et à être humain en dessinant. Je suis assez réservé, et je serais plutôt du genre à rester chez moi à lire des livres, sans aller vers les autres, ni voyager. J’ai appris l’amour du dessin en lisant des BD. Et après j’ai appris en les recopiant. Mais à un moment ça ne marche plus. Il faut sortir.

J’ai commencé à dessiner les gens dans la rue, les maisons, les arbres, l’eau, les nuages, d’autres pays, des paysages pour ramener des morceaux. C’était un peu égoïste : je voulais nourrir mon dessin. C’est comme un sport, si quelqu’un passe devant moi deux secondes, si je prends mon bloc, je peux le dessiner sans inquiétude.

Là, c’est l’histoire de personnes qui marchent dans une crotte de chien, c’est très parisien, et ils finissent par faire une immense fresque de « merde » sur le trottoir. J’ai dessiné ça quand j’étais à une terrasse de café devant chez moi. Raconter à l'oral, c’est pas grand chose, mais dessiné, ça devient une sorte de ballet. C’est joli à voir.

Il faut avoir envie de dessiner les gens. Il faut les aimer. Il y a un côté contemplatif chez les dessinateurs. J’aime bien aller regarder. Ça me fascine…

Le sexe est très présent dans votre blog comme ci-dessous. Pourquoi ?

What a wonderful world ! page 26 27
What a wonderful world ! page 26 27 © Delcourt / Zep

J’aime bien dessiner des sexes, c’est rigolo. C’est bien aussi que dans un journal sérieux d’actualité, il puisse y avoir de temps en temps des choses potaches. Et puis c’est un sujet qui est sorti de nos actualités, or c’est une préoccupation universelle. Et c’est un sujet que les artistes traitent peu, par pudeur ou par pudibonderie. Je trouve que c’est dommage.

J’ai grandi dans les années 1970, il y avait l’idée d’intégrer le sexe dans le quotidien. Je me rappelle des films que l’on regardait à la télé avec mes parents : on y voyait des couples qui faisaient l’amour, c’était moins pudibond ou hypocrite qu'aujourd'hui. C’est important de ne pas laisser le sexe aux pornographes. Il ne faudrait pas que l'on croie vivre dans un monde asexué parce que ça finit par donner de la sexualité une image assez malsaine.

J’aime bien dessiner des gens tout nus. Et j’aime bien me dessiner aussi, je n’ai donc aucun problème à me dessiner nu. Quand on dessine son journal intime, on devient un personnage. Et d’ailleurs on contrôle mieux ce que l’on dit, alors que quand on fait une œuvre de fiction, on ne sait pas ce qu'on laisse passer d’intime. J’aime bien traiter de la honte, et du ridicule, parce que ce sont des choses importantes dans nos vies d’humain. Pour vivre ensemble, il faut accepter ces choses-là. J’aime bien alterner : faire parler Dieu, parler de la mort, d’actualité, ou de la flexibilité des zizis. Des philosophes aiment bien rire. Et des clowns peuvent se poser des questions profondes. On ne peut pas être sérieux tout le temps.

What a wonderful world !
What a wonderful world ! © Radio France

What a wonderful world ! Zep publié chez Delcourt

Aller + loin

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