Connu pour ses autofictions avec "Pyongyang" ou le "Guide du mauvais père", Guy Delisle revient à la narration dans son nouveau roman graphique : "S'enfuir, récit d'un otage"

Extrait de la couverture de "S'enfuir, récit d'un otage" par Guy Delisle (éditions Dargaud)
Extrait de la couverture de "S'enfuir, récit d'un otage" par Guy Delisle (éditions Dargaud)

Il y a quatre ans, il gagnait le Fauve d’or pour ses Chroniques de Jérusalem, le prix le plus prestigieux du festival international de la bande dessinée. Guy Delisle était l’invité d’Augustin Trapenard ce lundi 26 septembre. Il y raconte comment S'enfuir, récit d'un otage, son projet autour de l'emprisonnement de Christophe André, a commencé…

Réponse : par un hasard. L’épouse de Guy Delisle, comme Christophe André, travaille pour Médecins sans Frontières. Ce travail commun amène, par hasard, la rencontre entre Guy Delisle et Christophe André lors d’un déjeuner.

L’auteur est surpris par le discours très ouvert de l’ex-otage sur son emprisonnement.

Souvent c’est des traumatismes et c’est assez difficile. Lui, toutes les portes s’ouvraient, très facilement il se confiait, il me racontait tous les détails. J’ai trouvé ça fascinant.

Une histoire qui tarde à prendre forme

Très rapidement après cette première rencontre, Guy Delisle commence le projet de mettre en images cette histoire. Sauf que ce n’est pas simple... Et le projet, toujours repris, recommencé, repoussé, traîne - 15 ans ! - à prendre forme : “C’était compliqué à mettre en scène et je le repoussais. C’était le temps de mettre en place une méthode de travail assez différente” explique Guy Delisle.

J’avais fait une première version qui était beaucoup plus basée sur l’action, le spectaculaire, quand il se fait kidnapper… Ça ressemblait un peu à un mauvais téléfilm, j’ai revue ma copie.

Placer le lecteur dans la tête de Christophe André

Au total, ce sont plus de 400 pages qui décrivent le kidnapping, l’évasion mais surtout les 111 jours d’otage de Christophe André, il y a dix-neuf ans dans le Caucase. "Je voulais qu’on soit au quotidien le plus près possible, dans sa tête"

Lors de son enlèvement, Christophe André n’envisage tout d'abord pas que son emprisonnement puisse durer, mais le week-end passe, puis la semaine, puis les mois... Dans son roman, Guy Delisle fait en sorte que son lecteur “sente le temps passer” et plonge le lecteur dans une succession de petits détails :Dans le contexte d’un kidnapping [ces détails] deviennent absolument fascinants”.

La majeure partie de la bande dessinée se déroule en huit clos, dans la cellule de Christophe André : “90% de la bande dessinée se passe dans une pièce avec une ampoule, un coin de mur, un matelas et un radiateur”. Ce décor sommaire, très répétitif, est un défi pour la mise en scène : "Je n’avais pas grand chose, graphiquement, à quoi me raccrocher” raconte Guy Delisle au micro d'Augustin Trapenard.

Cette sobriété est accentuée par une bichromie gris/bleue comme teintes pour les cases. Ce parti pris minimaliste était déjà présent dans ses albums précédents - mais dans cette oeuvre il prend une autre dimension : “l’usage des mêmes teintes expérimente aussi la monotonie, l’ennui de ces journées de détention”.

Cela donne à chaque micro- événement une importance considérable.

L'un de ces micro-événements, décrit par Guy Delisle :

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