À l'occasion de la sortie de son dernier recueil de nouvelles "De quoi aimer vivre", l'écrivaine franco-sénégalaise était invitée au micro de Boomerang. Pour sa carte blanche, aux côtés d'Augustin Trapenard, Fatou Diome a écrit un texte pour partager ses espoirs d'un monde meilleur quant à l'égalité hommes/femmes.

"Avec celles qui redoutent la nuit, je rêve" - La carte blanche de l'écrivaine Fatou Diome
"Avec celles qui redoutent la nuit, je rêve" - La carte blanche de l'écrivaine Fatou Diome © Getty / Roman Nasedkin / EyeEm

Dans Boomerang, l'écrivaine franco-sénégalaise est venue se confier sur son modèle d'écriture, par lequel elle a toujours cherché à analyser les manières de garantir une meilleure protection collective par le dialogue, inviter ses lecteurs à cultiver la recherche permanente du regard de l'autre pour apprendre à se connaitre soi-même, essayer d'atténuer les terreurs, les angoisses en cultivant la sérénité. Une philosophie qu'elle doit à sa culture franco-sénégalaise délicieuse qui, dans ses récits, se traduit par la présence d'une fraternité joyeuse, invitant à repenser la culture humaniste grâce au pouvoir de consolation des mots.

Le livre est un espace privilégié pour créer un regard familier et collectif, découvrir d'autres cultures, nourrir l'interdépendance entre tous les êtres existants

Pour sa carte blanche, Fatou Diome a écrit un texte inédit qu'elle adresse, dit-elle, "à toutes mes sœurs à travers le monde qui rêvent d'un tango et non d'un ippon", pour faire échos à la journée internationale des Droits des femmes du 8 mars : 

Elles rêvent d’un Tango, jamais d’un Ippon !

La nuit, quand les soupirs éteignent les sourires, je rêve,
Plus de douceur pour les femmes comme pour les hommes.
Face aux âpres duels, Saint-Thomas me demande : Mais, comment ?
Pas à pas ! dis-je. Je rêve non d’une trêve, mais d’un chemin bordé de trèfles.

Avec celles qui redoutent la nuit, je rêve,
Au loin, une douce lueur, une aube sourit, juste et paisible.
Là-bas, un genre ne vaudra plus à l’autre terreur et dépit.
Barbes et chignons ne se disputeront plus les droits de Sapiens.

Je rêve qu’un jour, le ciel vire mauve,
Et le respect de celles qui mettent le monde au Monde si naturel
Que les futures générations en viennent même à rire de nous,
Tant de rebuffades pour un simple Tango ? diront-elles.

Je rêve des enfants d’aujourd’hui, si civils demain
Se gaussant de ceux d’hier : des violences faites aux femmes ?
Bof, c’étaient des manières de Babouins !
Le Féminisme ? Oh, pitié, ça sent la naphtaline !

Alors, mon squelette fera un salto arrière,
Pour tirer l’oreille à ces gagnants ignorant l’arène :
Dites donc, veinards d’héritiers, pimbêches d’héritières !
Combien de dents perdues pour votre fine bouche ?

En attendant, je les rêve sur les pas de Gisèle Halimi,
À leur tour, ardents défenseurs des Droits humains,
Et surtout, assez forts pour se permettre la douceur
Alors, et seulement alors, le Féminisme sera caduc, comme j’en rêve !

Fatou Diome

1 min

"Avec celles qui redoutent la nuit, je rêve" - La carte blanche de Fatou Diome dans Boomerang

Par Fatou Diome
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📖  LIRE - Fatou Diome : De quoi aimer vivre (Albin Michel)Elles rêvent d’un Tango, jamais d’un Ippon !

La nuit, quand les soupirs éteignent les sourires, je rêve,

Plus de douceur pour les femmes comme pour les hommes.

Face aux âpres duels, Saint-Thomas me demande : Mais, comment ?

Pas à pas ! dis-je. Je rêve non d’une trêve, mais d’un chemin bordé de trèfles.

Avec celles qui redoutent la nuit, je rêve,

Au loin, une douce lueur, une aube sourit, juste et paisible.

Là-bas, un genre ne vaudra plus à l’autre terreur et dépit.

Barbes et chignons ne se disputeront plus les droits de Sapiens.

Je rêve qu’un jour, le ciel vire mauve,

Et le respect de celles qui mettent le monde au Monde si naturel

Que les futures générations en viennent même à rire de nous,

Tant de rebuffades pour un simple Tango ? diront-elles.

Je rêve des enfants d’aujourd’hui, si civils demain

Se gaussant de ceux d’hier : des violences faites aux femmes ?

Bof, c’étaient des manières de Babouins !

Le Féminisme ? Oh, pitié, ça sent la naphtaline !

Alors, mon squelette fera un salto arrière,

Pour tirer l’oreille à ces gagnants ignorant l’arène :

Dites donc, veinards d’héritiers, pimbêches d’héritières !

Combien de dents perdues pour votre fine bouche ?

En attendant, je les rêve sur les pas de Gisèle Halimi,

À leur tour, ardents défenseurs des Droits humains,

Et surtout, assez forts pour se permettre la douceur

Alors, et seulement alors, le Féminisme sera caduc, comme j’en rêve !

Fatou Diome