Les dessins de l’auteure de la bande dessinée "Idéal Standard" sont présentés à la Galerie Huberty et Breyne à Paris. L’occasion d’une rencontre avec une artiste talentueuse au sens de l'observation incroyable.

Extrait d'une planche d'"Idéal Standard" d'Aude Picault
Extrait d'une planche d'"Idéal Standard" d'Aude Picault © Galerie Huberty & Breyne

Son trait délicat, simple, rappelle Sempé ou Bretécher. Aude Picault sait presque tout faire. Sortie en 2005 des Arts décoratifs de Paris, la dessinatrice a déjà publié plus d’une dizaine de livres. 

Parmi eux : un ouvrage sur la pression qui pèse sur les femmes (Idéal Standard), un livre érotique (Comtesse), un carnet de voyage intérieur et extérieur, résultat d’un séjour en Patagonie (Transat, Parenthèse Patagone), un livre de deuil (Papa), ou encore un recueil de ses dessins de Paris parus dans Libération (L’Air de rien)… 

A la plume ou à l’aquarelle, Aude Picault croque de son regard tendre, et humoristique le quotidien, ses contemporains, ou les paysages. C’est toujours vif, piqué, et pertinent. L’exposition, la première, à la galerie Huberty et Breyne est l’occasion de (re)découvrir son talent. 

Le dessin depuis toujours 

Aude Picault : Comme la plupart des dessinateurs, j’ai toujours beaucoup dessiné. Enfant, c’était un vrai refuge. Je pouvais rester des heures concentrée sur mon dessin. C’était un endroit de calme, de curiosité et d’apprentissage. Ma mère, artiste du dimanche, m’a encouragée et m’a fait donner des cours. 

Très vite, j’ai voulu faire une école d’Arts appliqués, pensant devenir graphiste. Aux Arts déco de Paris, la culture du dessin était très répandue. Il y avait des cours imposés de dessins d’observation, de perspectives, de croquis de nu etc. Ça m’a permis d’approfondir, de développer le système des carnets de croquis. 

Les profs nous disaient que l'on réfléchit en dessinant, que ce soit pour du dessin industriel, du graphisme, ou même de la photo,  Le dessin étant le premier langage, il fallait le maitriser. Mon carnet de croquis s’est transformé en dessin d’humeur : les observations côtoyaient des dessins plus introspectifs. Je les ai montrés à mes camarades qui trouvaient ça drôle. J'ai donc pratiqué l’auto-édition. 

Le blog Chicou Chicou

Aude Picault : C’était le début des blogs dessinés. Avec une amie des Arts Déco (Domitille Collardey), on a décidé de faire un blog parodique Chicou chicou parce qu’à l’époque les blogueurs évoquaient ce qu’il avaient mangé, comment ils avaient mal dormi… Pas très passionnant ! 

On a débauché deux camarades (Boulet, Lisa Mandel). On a fait Chicou chicou pendant deux ans, ce qui m’a donné confiance. A ce moment-là, je n’étais pas tout à fait certaine d’être auteur. On y évoquait plein de sujets différents. J’ai pu voir que j’avais de l’imagination, que j’avais des choses à dire… 

L’arrivée dans la BD

Aude Picault : Le blog c’était déjà de la BD. Mais mon problème c’était de me faire éditer, de me faire connaitre J’avais envoyé une BD aux éditeurs, mais personne n’avait voulu la publier. Je doutais. J’ai rencontré Jean-Christophe Menu, de L’Association à qui j’ai montré mon carnet de deuil qui s’appelle « Papa ». Il l’a publié et ça été formidable. Ça m’a permis de rencontrer des auteurs de ma génération qui se posaient des questions d’univers, d’écriture, de « carrière » : qu’est-ce qu’on peut accepter comme travail ? Comment gagne-ton sa vie ? Comment peut-on se laisser du temps pour la réflexion ? Comment construit-on son univers, son écriture ? 

L’atelier 

Aude Picault : ces rencontres ont remis en question ma façon de travailler : entre 2007 et 2009, j’acceptais beaucoup de travaux de commande, je gagnais bien ma vie, mais je n’avais pas le temps de développer mes projets. J’ai quitté l’atelier qui me coutait cher, j’ai réduit mon niveau de commandes, j’ai réduit mon niveau de vie, j’ai voyagé et me suis posé des questions essentielles. Puis j’ai intégré un atelier avec d’autres auteurs de BD. Ça m’a fait du bien, car c’est un métier solitaire. 

Les générations précédentes d’auteurs étaient publiés dans des magazines, donc ils se rencontraient toutes les semaines : le réseau social était là. Aujourd'hui, nous sommes explosés… Les éditeurs sont nombreux et ils ont développé de multiples collections donc même dans la même maison d’édition, on n’a pas affaire aux mêmes interlocuteurs. L’atelier est un bon moyen d’échanger.

L'influence de Quino

Page de Parenthèse Patagone d'Aude Picault
Page de Parenthèse Patagone d'Aude Picault / Dargaud

Aude Picault : Sempé faisait partie des livres qu’il y avait à la maison quand j’étais petite. Bretécher, Franquin, également, mais je crois que j'ai été presque plus marquée par Quino qui faisait de grands dessins d’observation, de critique, d’humour. Je me suis replongé récemment dans Sempé, ses livres et ses interviews… J’aimerais me diriger vers ces grandes images contemplatives, mais qui disent beaucoup. 

Une grande travailleuse

Aude Picault : Je suis une laborieuse perfectionniste, j’ai donc tendance à refaire beaucoup. Pour Idéal Standard j'ai jeté la moitié de mes scènes. J’aime beaucoup l’exercice de casse-tête chinois de la construction d’un récit avec quelques scènes-clefs pour arriver au résultat que l’on recherche : raconter, mettre en scène une histoire et faire ressentir une émotion. L’histoire a sa propre logique… Donc on jette beaucoup. 

Techniquement, je suis toujours à la plume et à l’aquarelle, j’ai eu tellement de mal à acquérir une forme de souplesse dans le dessin que je n’arrive pas à changer de technique. Mais je crois que j’ai toujours cherché la simplicité. 

Le besoin d’une pause

Aude Picault : L’exposition permet de voir des dessins d’il y a dix ans. Je peux mesurer le trajet parcouru... et ce qu’il reste à parcourir ! Mais la BD est un vrai travail, c’est monstrueux, il faut tout faire. La difficulté est de conserver une légèreté, de ne pas tomber dans une mécanique, et d'arriver à se renouveler. 

Surtout, ne pas tomber dans les « trucs » car là, il n’y a plus de joie, plus de plaisir, plus de surprise. Aujourd'hui, je me mets donc en jachère pour garder quelque chose de vivant. C’est un peu étrange, car je n’ai pas d’idée pour la suite. Mais j’ai besoin de ça pour conserver l’envie de dessiner. 

Revoir la leçon de dessin d’Aude Picault

Comment dessiner Idéal Standard

►►►  Aude Picault : Pleins et déliés du 6 avril au 12 mai à la Galerie Huberty & Breyne à Paris

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