Avec ce roman graphique à la forme audacieuse, le dessinateur américain venu de la BD underground livre un vrai-faux polar excitant.

Détail de la couverture de "Du sang sur les mains, de l'art subtil des crimes étranges" de Matt Kindt
Détail de la couverture de "Du sang sur les mains, de l'art subtil des crimes étranges" de Matt Kindt © Monsieur Toussaint Louverture

A Diablerouge, le brillant inspecteur Gould arrête à tour de bras. Les crimes sont étranges : une voleuse de chaises, un ancien magicien qui détrousse les voyageurs du métro, un réparateur qui prend en cachette des photos de jeunes femmes coincées dans les ascenseurs, un séducteur qui vend des morceaux d’œuvres d’art volées… Jamais de meurtre, peu de pistolets, de braquage de banques ou de course poursuite, les bases traditionnelles du polar. Ce qui n'empêche pas Du sang sur les mains d'être un récit excitant, et nerveux. 

Un polar expérimental et philosophique

Dans le crâne de l'inspecteur Gould - Détail d'une planche de "Du sang sur les mains" de Matt Kindt
Dans le crâne de l'inspecteur Gould - Détail d'une planche de "Du sang sur les mains" de Matt Kindt / Monsieur Toussaint Louverture

On pense aux romans de Gaston Leroux ou d’Exbrayat. Matt Kindt évoque aussi son admiration pour Nabokov et sa capacité à transformer la banalité humaine en polar littéraire. Les histoires d’arrestations sont autant de prétextes pour se poser des questions philosophiques : qu’est-ce qu’un crime ? Qu’est-ce que le Bien, et le Mal ? Est-ce un crime si personne n’est frappé ou si personne n’est au courant ? Quel rôle joue le détective ? Pourquoi résoudre un crime ? A quoi sert-il de punir un criminel ? 

Résumé ainsi, "Du sang sur les mains" pourrait paraitre ennuyeux

Mais Matt Kindt, qui a d’abord étudié aux Beaux-Arts avant de s’avouer son envie de 9e Art, réveille son lecteur en maniant coupures de journaux, photos jaunies, strips crayonnés, illustrations à l’aquarelle ou dialogues sur fond noir.  Et il veille à ce que chacune de ces histoires s’achève par un retournement inattendu. 

La démarche est expérimentale, surtout quand Matt Kindt nous confronte à des pages de cases noires où seul le dialogue apparait. Mais la démonstration de ce fan absolu de BD sonne juste. Une bonne bande dessinée n'est-elle pas, avant tout, une bonne histoire ? Et si elle est servie par un bon découpage, c’est encore mieux.

Matt Kindt

Même si j'en lisais depuis mes neuf ans, ce n'est qu'en devenant adulte que j'ai compris toutes les possibilités offertes par la bande dessinée, comme montrer une chose et en dire une autre.

Ecouter Matt Kindt (en anglais) :  

Un jour, alors que je dédicaçais mes livres, un lecteur a lu mon livre en 20 minutes en mangeant son sandwich, alors que cet ouvrage m'avait pris un an de ma vie ! Depuis, je fais tout pour que la lecture dure plus longtemps avec les leviers de l'écriture BD... Parce que plus vous passez de temps avec un livre, plus il a d'impact, moins c'est superficiel.

Ecouter Matt Kindt (en anglais) :  

Comment j'ai dessiné Du sang sur les mains avec un stylo japonais sumi et de l'aquarelle.

Ecouter Matt Kindt (en anglais) :  

Du sang sur les mains, de l'art subtil des crimes étranges, de Matt Kindt est paru chez Monsieur Toussaint Louverture.

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