Comment rendre en BD la révolte étudiante puis sociale de Mai 68 ? En l'imaginant dans "Sous les pavés" de Raives et Warnauts. En la racontant telle qu'on l’a vécue dans "Filles des oiseaux 2" de Florence Cestac ?

Couvertures de "Sous les pavés", "Filles des oiseaux", "La veille du grand soir", Les années Cabu, le grand Duduche" et affiche de Mai 68, sous les pavés, les cases à la CIBD
Couvertures de "Sous les pavés", "Filles des oiseaux", "La veille du grand soir", Les années Cabu, le grand Duduche" et affiche de Mai 68, sous les pavés, les cases à la CIBD © Le Lombard, Glénat, Dargaud, Seuil Delcourt et CIBD

Ou en l'abordant d'un point de vue historique, mêlée à son expérience comme dans Mai 68 : Veille du grand soir de Patrick Rotman ? Pour les 50 ans de l’événement qui secoua la France, sélection de quelques albums et d’une exposition au Musée de la BD à Angoulême.

Mai 1968, imaginaire, mais juste, vivante et incarnée

« Sous les pavés » de Guy Raives et Eric Warnauts au Lombard

Et si la meilleure manière d’évoquer mai 68, c’était de l’imaginer ? Dans Sous les pavés Guy Raives et Eric Warnauts suivent un groupe d’amis franco-américains pendant les évènements à Paris. Sous la forme d’un interrogatoire policier qui retrace le parcours du photographe de la bande (Jay Fergusson), on vit leur rencontre, leurs vies amoureuses, les soirées estudiantines, puis l’embrasement de la fac de Nanterre et du Quartier latin, les manifestations et les violences policières.

L’histoire évolue entre vie de la bande de jeunes et polar. Après la Seconde Guerre mondiale, la décolonisation, la Guerre froide, en Belgique, Les Temps nouveaux, les deux auteurs sortent de leur saga historique pour s’intéresser à la France de mai 1968. Précis dans les décors parisiens superbement dessinés, et dans la chronologie, le duo excelle aussi dans la justesse de la retranscription de la vie étudiante entre soirées alcoolisées et expériences amoureuses. Leur BD nous embarque en finesse grâce à ses personnages magnifiques et très incarnés.

Comment dessiner Sous les pavés ?  La leçon de dessin de Guy Raives :  

Sous les pavés de Guy Raives et Eric Warnauts au Lombard

Mai 1968 par celle qui l’a vécu 

« Filles des oiseaux 2 » de Florence Cestac chez Dargaud

"J’étais programmée pour me marier, avoir des enfants, mener une vie bourgeoise, mais Mai 68 est arrivé"… Dans Filles des oiseaux, Florence Cestac continue de raconter les vies liées de deux jeunes filles, Marie-Côme et Thérèse. Leur complicité avait démarré dans le premier tome par un fou rire dans un pensionnat au début des années 1960. Là, dans la foulée du mouvement étudiant, les deux amies vont découvrir Paris, la culture, l’engagement politique, la libération sexuelle… 

Filles des oiseaux 2 de Florence Cestac chez Dargaud

Mai 1968 : l’éclairage historique avec du vécu 

Mai 1968 Veille du grand soir de Patrick Rotman et Sébastien Vassant 

En mai 1968, Patrick Rotman alors étudiant en histoire à la Sorbonne se trouve aux premières loges du mouvement. Devenu historien, il livre dans ce roman graphique une histoire précise, chronologique des événements. Depuis les assemblées générales à l’université ou les bureaux des ministères et de la Présidence de la République, à la Gare de Lyon, ou dans les usines Renault, les épisodes de grèves et de manifestation se succèdent. A la manière d’un candide, il y ajoute un peu de son vécu. 

On suit l’évolution de la crise du côté du pouvoir, et la violence des policiers. On mesure d’ailleurs que le faible nombre de victimes doit beaucoup au sang-froid du Premier ministre Georges Pompidou et du Préfet de police Grimaud. Alors que le général De Gaulle proposait, lui, de donner de la gnôle aux policiers pour les stimuler ! Le dessin de Sébastien Vassant (Politique Qualité, Juger Pétain) mêlé à des documents d’archives (articles de journaux, affiches…) très didactiques met en lumière et en mouvement les manifestations. Une instructive recontextualisation, qui se lit très bien.

ECOUTER | Patrick Rotman dans La Bande originale et Mai 68 veille du grand soir dans la chronique Bulles de BD de Laetitia Gayet

Mai 68 : Veille du grand soir de Patrick Rotman et Sébastien Vassant est paru chez Delcourt

Et aussi

  • Sous les pavés, la case, une exposition au Musée de la BD à la Cité internationale de la BD qui s’attache à démontrer que les événements ont accélérer la mutation du 9e art.
  • Imaginé en 1962 pour Pilote, le grand Duduche, est vraiment un héros emblématique de mai 1968. Le lycéen potache amoureux de la fille du directeur n’a de cesse de dénoncer la discipline de son établissement avant de devenir écologiste et de dénoncer la guerre. Les années Cabu, le grand Duduche, un numéro collector publié par Glénat.

Regardez Mai -68 000 dans Silex and the city de Jul 

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