L’auteur remarqué de "Ces jours qui disparaissent" (une histoire fantastique de dédoublement de personnalité), revient avec un thriller psychologique malin de 300 pages dans un décor d’hôpital. Il commente ici deux planches de la BD.

Détail de la couverture du "Patient" de Timothé Le Boucher
Détail de la couverture du "Patient" de Timothé Le Boucher © Glénat

Au réveil d’un long coma de six ans, Pierre, 21 ans, devenu amnésique apprend le massacre de sa famille. L’auteur de la tuerie ? Sa sœur décédée depuis. En proie à des hallucinations, le jeune homme reçoit, la nuit, la visite d'un. A l'hôpital, Pierre va se reconstruire à l’aide d’une séduisante psychologue : Anna. On suit son retour à la vie à travers des séances thérapeutiques d’hypnose, jusqu’à ce que l’histoire bascule.

Timothé Le Boucher maîtrise parfaitement la narration et le graphisme du 9e art avec son dessin inspiré du manga, de l’animation et de la BD franco-belge : le découpage est précis, la lecture très fluide. Le trait un peu froid à la palette graphique sert le décor hospitalier et l’ambiance oppressante de l’intrigue. Les relations entre les personnages sont particulièrement bien rendues. Même si la fin est prévisible, il flotte dans le récit une ambiguïté très intéressante. 

Comment dessiner « Le Patient »  ? La leçon de dessin de Timothé Le Boucher : 

Timothé Le Boucher commente deux pages du "Le Patient"

Page 12 du "Patient" de Thimoté Le Boucher
Page 12 du "Patient" de Thimoté Le Boucher / Glénat

Timothé Le Boucher : "C’est un passage où Pierre, le héros, est dans le coma… On aperçoit de manière un peu métaphorique ce qu’il peut entrevoir. Pour moi, il s’agissait de glisser des indices sur la suite de l’album. Par exemple, on voit un crâne qui correspond à un des personnages qui va mal finir par la suite. Ce personnage fait écho (personnage des Jours qui disparaissent, son précédent livre) où le héros un peu plus naïf se fait détruire par le héros un peu plus sombre. 

Ces espèces de cocons avec des jeunes hommes qui sortent, cela correspond à une thématique sous-jacente du Patient : Pierre a du désir pour des garçons, et quand il doit aller au bout de ce désir-là, c'est par la destruction. Plus tard, il va écraser ces garçons ailés. Je trouvais intéressant de confronter cette imagerie-là à une autre un peu plus macabre. 

L’histoire du Patient se passe dans les années 1990, et je fais référence à des dessins animés un peu sombre que j’aimais bien : Chair de poule, les Contes de la crypte… C’était des héros assez purs confrontés à la mort souvent de façon grotesque." 

Page du "Patient" de Timothé Le Boucher
Page du "Patient" de Timothé Le Boucher / Glénat

Timothé Le Boucher : "C’est une page qui se trouve à gauche. Elle ne pouvait pas être à droite parce quand on regarde la double-page d’une BD on sait assez vite où va aller l’histoire : l’œil repère les cases de la page d’à côté. J’avais envie de créer un effet avec une imagerie un peu saisissante. J’ai fait un master de BD et un DNSEP (diplôme national supérieur d’études plastiques)et j’ai fait un mémoire sur la peur dans le 9e art. Une thématique qui m’intéressait : dans la narration et dans la mise en scène en bande dessinée, le seul effet que l’on peut avoir, c’est de tourner la page, et d’avoir une image à laquelle on ne s’attend pas, même si, ici, elle est dévoilée légèrement par l’image de la page précédente. 

La présence de l’homme en noir a deux explications. Il peut être le traumatisme de Pierre qui vient le hanter. C’est lié à ses paralysies du sommeil. J’en ai fait: le corps n’est pas réveillé, il nous empêche de mimer nos rêves. On est assez contracté, et notre esprit en plein cauchemar interprète cette pression sur la poitrine, comme une présence qui nous étouffe. La deuxième hypothèse serait que cette silhouette serait une création de la psychologue pour mieux manipuler Pierre et lui faire faire des choses. Cette ambiguïté vient des scènes de crime que j’ai regardées pour écrire le livre. J’ai lu qu’il y avait beaucoup de crimes non élucidés."

Le Patient de Timothé Le Boucher est paru chez Glénat

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