Amitié, deuil et dépression sur fond d’hiver jurassien… Le dessinateur, et deux de ses amis, publient un beau récit inspiré sur ce cap de la vie qu’ils abordent sans fard dans tous ses aspects, sans jamais être plombants. Un joli tour de force.

Détail de la couverture des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier
Détail de la couverture des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier © Futuropolis

Les Couloirs aériens est l’histoire d’une amitié qui a comme point de départ une soirée chez un cinquantenaire. Arrivés à cinquante ans, difficile pour les vieux amis de ne pas se souvenir de ce qu’ils pensaient des quinquas quand ils étaient jeunes. Yvan, est accueilli par des amis qui lui prêtent un chalet dans le Jura alors qu’il vide la maison de ses parents morts récemment. Sa femme est à l’autre bout du monde et ses enfants travaillent…

Dans son refuge montagnard (Le Jura est bien rendu entre grâce aux couleurs soignées), il frise la dépression et se confronte à son vieillissement. A l’heure du bilan, et du tri au sens propre comme au figuré, il peut, soit couler, soit remonter la pente…  Un héros triste auquel on s’attache et on s’identifie. 

Les Couloirs aériens tricote une belle histoire autour de la maturité sur fond de montagne enneigée. Les femmes y ont plutôt le beau rôle. C’est bien vu, et sonne juste. La BD part d’une expérience individuelle, mais le propos est universel, et pose les bonnes questions : comment négocier les caps de l’existence et bien vieillir ?

Etienne Davodeau : « Arrivé à la cinquantaine, il faut se réinventer »

Détail d'une planche des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier
Détail d'une planche des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier / Futuropolis

La cinquantaine, le deuil ou la dépression : des thèmes pas très sexys, et pourtant…

Etienne Davodeau : "Dans ma pratique d’auteur de BD, j’aime bien regarder autour de moi et, parfois, en tirer une histoire. Parfois, ce sont des documentaires ou des reportages : des choses que je raconte tel que cela m’est proposé. Parfois, je réaménage des choses vues ou entendues, je les combine et cela devient un livre de fiction. Mais la matière première reste la même : c’est ce qu’il se passe autour de moi, ici et maintenant.»

Une base réelle

J’ai coécrit ce livre avec deux amis qui ont le même âge que moi (54 ans). On se connait depuis la fac. On avait 19 ans quand on s’est rencontrés, on s’est regardés vieillir ensemble en se demandant souvent ce que l’on serait quand on aurait 50 ans.

L’année de nos 50 ans, l’un de nous a perdu, son père, sa mère et son boulot. Si ce n’était pas la fin du chemin, c’était un cap douloureux. On s’est dit qu’on devait utiliser ce moment pour le synthétiser dans une fiction. On a commencé à écrire l’histoire d’Yvan, un personnage de fiction très nourri de ce qui nous est arrivé à nous trois ou à nos proches et que l’on questionne : « cinquante ans, cela te fait quoi ? »

50 ans 

La cinquantaine ? L’effet est très varié, cela dépend si on est un homme ou une femme, de ce qui nous est arrivé… Même s’il y a des effets du vieillissement, c’est un moment où l’on retrouve une forme de liberté, les enfants sont grands, on a accompli pas mal de choses… Cela peut être une étape où il y a de la sérénité. Professionnellement, c’est compliqué. Autour de moi, je remarque beaucoup d’amis salariés qui à 50 ans se font plus ou moins mettre sur la touche parce qu’à cet âge, on est moins malléable, on coûte plus cher à l’entreprise… On est encore en pleine possession de ses moyens, mais on sent qu’on passe un cap.

L’heure du bilan

Cinquante ans, c’est un cap symbolique bien sûr. C’est un chiffre rond qui marque une sorte de seuil. On s’en est saisi parce qu’à 19 ans, avec toute la morgue de notre jeunesse, nous étions aller fêter les 50 ans d’un ami d’ami. Et on se souvient bien qu’on allait à l’anniversaire d’un mec que l’on imaginait quasi fini. On a un peu changé de point de vue depuis, mais on a toujours gardé un peu ça en tête. C’est pour ça que l’arrivée de nos 50 ans nous intéressait pour savoir ce que ça allait être. On a vu !»

Un livre sur l’amitié

L’amitié est au cœur du livre. Avec Joub et Christophe Hermenier, on se connait depuis très longtemps. On ne s’est jamais quittés depuis nos 19 ans. On s’est regardés vieillir, on a fait des enfants qui ont grandi, on a voyagé, écrit un livre ensemble… L’amitié fait partie des choses qui aident à passer ce cap-là.

Les rapports entre les êtres humains sont des choses qui m’intéressent beaucoup parce que cela se raconte. 

C’est une fiction, mais on peut exagérer, amplifier un peu des caractères. Il suffit parfois de pousser un peu plus les curseurs pour rendre des personnages de BD très intéressants.

Détails d'une planche des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier
Détails d'une planche des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier / Futuropolis

Le Jura, un lieu intéressant pour un héros en quête de repères

C’est un lieu que l’on connait bien. Le Jura nous a semblé un lieu assez intéressant pour poser ce type un peu perdu. En hiver, le plateau est une grande surface blanche. Ce blanc, c’est quasiment le papier du livre. On a mis Yvan, un peu perdu au milieu de cette immensité, pour mettre en avant sa solitude.»

Le tri d’objets symbolisé par des pages de photos carrées

Les images sont presque à l’origine du livre. Christophe Hermenier a dû vider l’appartement de ses parents morts à quelques mois d'intervalle. Il a décidé de photographier les objets pour sa famille et ses enfants. Ce ne sont pas des biens importants, plutôt ceux du quotidien : le presse-purée, le moulin à café… Des choses anodines… C’est formidable : ces images racontent une histoire, un milieu social, la vie de ses parents… Pour Christophe Hermenier, c’est une façon de leur donner une durée de vie supplémentaire.

50 ans et après ?

Evidemment on a changé de point de vue par rapport à nos 19 ans où l’on pensait que 50 ans c’était le bout de la route. La cinquantaine, c’est intéressant parce que c’est un moment de bilan indéniable. Mais la longévité faisant, l’énergie restant, font qu’on a encore des perspectives un peu lointaines. Yvan est sur une sorte de tremplin d’appel pour repartir vers autre chose. Notre personnage prétend ne pas faire de dépression, mais je n’en suis pas si certain. En tous les cas, il touche le fond avant de rebondir. Il est assez emblématique de cette période. Parce qu’il faut rebondir, il faut se réinventer : il reste encore des choses à vivre derrière."

Comment dessiner Les couloirs aériens ? La leçon de dessin d’Etienne Davodeau

Les couloirs aériens par Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier chez Futuropolis

Planche des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hemenier
Planche des "Couloirs aériens" d'Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hemenier / Futuropolis
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