Lewis Trondheim publie "Tout est à sa place dans ce chaos exponentiel", le huitième opus des "Petits riens", son autobiographie dessinée. Une aventure graphique introspective débutée il y a 25 ans qui continue de nous réjouir.

Détail de la couverture des "Petits riens" de Lewis Trondheim
Détail de la couverture des "Petits riens" de Lewis Trondheim © Collection Shampoing chez Delcourt

Plutôt que de ruminer ses angoisses Lewis Trondheim a décidé de les coucher sur papier. Muni de son crayon, et de son carnet, le monde lui semble moins hostile. Pour cette sorte de journal intime, débuté il y a un quart de siècle, le dessinateur s’est représenté en perruche. Avec toujours ce mélange d’autodérision et de sincérité, « ces petits riens » - comprendre ces moments de vie -  superbement racontés sont vivants, tendres, instructifs, marrants… Le dessin, minimaliste, va à l’essentiel. Dans Tout est à sa place dans ce chaos exponentiel, il est souvent d’âge. Normal : Lewis Trondheim vient d'avoir 52 ans.

Rencontre avec Lewis Trondheim

L’autobiographie pour tromper ses angoisses

Alors que je suis plutôt fait pour faire de la fiction, et que je ne voulais pas parler de moi, j’ai commencé les carnets, il y a 25 ans. J’avais des amis qui parlaient d’eux-même en BD, et je lisais Crumb, Jimenez, et je voyais qu’il se passait des choses intéressantes du côté de l'autobiographie. A cette époque, je voulais quitter Paris, j’allais me marier, peut-être avoir des enfants. J’avais besoin de faire le point. Le faire en autobiographie dessinée me permettait de poser les choses.
Souvent quand on a des pensées en tête, on ressasse, et ça ne sert à rien. Le fait d’écrire permet de les mettre à plat. Dessiner me libère de mes angoisses, et me permet de me raccrocher à des choses que je connais quand je pars en voyage. J’utilise la Bd pour apprivoiser ce qui va m’arriver, le décor, ou les gens que je vais rencontrer.

Le dessin est plus simple pour moi que la photo. C’est un meilleur outil qui m’apporte de meilleurs souvenirs, une meilleure approche du réel. Il me permet de poser mon regard avec plus d’acuité. Et parfois, quand je fais des croquis, sur le bord d’une route, ou ailleurs, je croise des autochtones qui me voient dessiner et qui viennent me parler… Alors que si je n’ai qu’un appareil photo, pour eux, je ne suis qu’un touriste, et ils ne m’adressent pas la parole.

Toucher les gens alors que l’on parle de soi 

C’est surtout une question de tonalité et ça ne s’apprend pas : il faut du vécu, et aimer lire. Surtout, il faut avoir des choses à raconter - si on les raconte mal, ça ne passera pas. En France on n’a pas d’école pour apprendre à écrire, contrairement aux Etats-Unis où il existe, entre autres, la Creative writing à New York. On ne sait pas que c’est un muscle qu’il faut faire travailler. Trouver sa tonalité ne se fait pas en un an ou deux, mais plutôt en dix. 

La sincérité, obstacle à une bonne narration 

Le gros problème c’est la sincérité. Ce n’est pas parce qu’on est sincère qu’on va être bon. Ce n’est pas parce qu’on a quelque chose à raconter de touchant, qui nous émeut que cela va émouvoir le lecteur. Il faut faire la part des choses.

Conseils à un jeune auteur 

En BD, il faut mettre le dessin en arrière-plan. Je préfère lire une BD mal dessinée, mais qui bien racontée. Pour réussir une histoire, il faut des rapports de personnages riches, intéressants, et écrire correctement. Etre lisible, ça démarre dans le lettrage déjà. Une BD ça se lit sans buter… Le travail de l’auteur de BD consiste à hypnotiser le lecteur, à lui faire oublier qu’il est en train de faire l’effort de lire. S’il doit chercher ce qui est dessiné, ou écrit, c’est que la BD est mal faite. Le dessinateur doit attraper le lecteur à la première case, et l’entraîner jusqu’à la fin sans qu’il s’en rende compte.

La couleur, cette inconnue

J’ai fait les "Petits riens" parce que j’avais envie d’apprendre à faire de la couleur. Et au bout de 1000 pages de BD, je ne comprends toujours pas comment on fait de la couleur !

"Les Petits riens" jusqu'à la fin

Je crois que je continuerai jusqu’à la fin de ma vie. Même si j’arrête la BD à 60 ans pour enseigner je poursuivrai "les Petits riens", parce que ça m’intéresse de voir comment je vais vieillir. C’est une œuvre autobiographique ponctuelle. Je ne sais pas ce qui m’attend, mais en tous les cas… ça vaudra le coup de le raconter en BD.

Tout est à sa place dans ce chaos exponentiel, 8e volume des Petits riens de Lewis Trondheim est paru dans la collection Shampoing chez Delcourt. Il publie aussi Je vais rester avec Hubert Chevillard chez Rue de Sèvres.

Regardez la bande annonce de la BD 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.