La dessinatrice de vulgarisation scientifique en BD est à l’honneur à Angoulême. Une exposition, "Marion Montaigne ramène sa science", lui est consacrée. Et son album, "Dans la combi de Thomas Pesquet", non seulement caracole en tête des ventes de BD, mais figure parmi les 10 finalistes pour le Fauve d’Or. Rencontre

Marion Montaigne par Rita Scaglia en 2013
Marion Montaigne par Rita Scaglia en 2013 © Dargaud

Une vocation d’auteure venue petit à petit

Il y a des auteurs de BD qui savent qu’ils veulent faire ce métier depuis leur enfance. Moi, pas du tout. Plusieurs choses m’intéressaient : l’entomologie la biologie, et en même temps, je dessinais déjà… J’avais plusieurs cordes à mon arc. C’est en faisant des études d’art que l’idée est venue petit à petit. Je suis d’abord allée vers l’illustration, puis le dessin animé par l’Ecole des Gobelins. J’ai même été libraire en BD… C’était une attraction, mais non verbalisée.

La tentation d'être vétérinaire

J’aurais été vétérinaire ou quelque chose en lien avec la biologie. Mais mon métier me permet d’allier la biologie et BD. J’ai les bons côtés de la recherche, sans les mauvais : je choisis mes sujets, et je peux passer de l’un à l’autre.

La vulgarisation vient de son émerveillement devant la science

Je ne me suis pas dit que j’allais éduquer les masses ! J’aime apprendre des choses scientifiques. Je trouve ça passionnant et je trouve toujours des choses à raconter. C’est un domaine qui dépasse la fiction. C’est non-stop. Il y a toujours des découvertes hallucinantes : astrophysique, biologie, c’est un vivier sans fin. Pour l’inspiration, il n’y a qu’à tendre la main.

Si les lecteurs apprennent des choses, c’est encore mieux, mais à la base, ce n’est pas une mission d’enseignement. C’est plutôt mon émerveillement devant une information scientifique incroyable.

La BD médium idéal

C’est un chouette médium. Déjà, on bénéficie d’une grande liberté comparé à la télévision (Marion Montaigne est aussi à l’origine de la série Tu mourras moins bête). L’exécution y est plus rapide. Surtout, si je veux dessiner un vaisseau spatial, un canoé kayak ou des personnages qui vont dans le corps humain, je le fais dans une case, ce n’est pas cher ! Je peux aller partout. Mon personnage peut être un microbe, ou un dinosaure. Je fais ce que je veux.

La biologie parle à tous

La limite, c’est moi, ma technique, ce que je sais dessiner. Ce qui est difficile, c’est de gérer des infos très techniques, de devoir donner beaucoup d’explications en amont. Par exemple quand on aborde la physique quantique, ou des notions de chimie, il faut rappeler l’atome, le proton etc…Et ça prend un peu de temps. Ces explications sont parfois rébarbatives, un peu scolaires. C’est pour ça que j’aime bien le « biologique » : on a tous déjà été malade, on a tous un corps qui parfois se détraque, et donc, on peut aller plus vite. La BD est un vecteur, on peut tout faire avec.

Elle ira vers la fiction pure quand elle sera lassée

Je m’étais déjà posée la question avant Dans la combi de Thomas Pesquet. Qu’est-ce que je fais : est-ce que je continue ce que je sais bien faire ? Ou est-ce que je me mets en danger en faisant une fiction ? Mais c’est une question d’envie : tant que je m’amuse à faire quelque chose, je continue. Et quand je commencerai à m’ennuyer, il faudra que j’arrête parce que ça se ressentira. Je me renouvellerai. C’est ça, être artiste : se rouler par terre en se demandant ce qu’on va faire. (rires)

Le succès incroyable de "Dans la Combi de Thomas Pesquet"

Depuis la parution de ce livre, les journalistes m’appellent pour des interviews téléphoniques (rires) ! Je suis très surprise. Quand je le dessinais, j’avais le nez dedans, je ne me disais pas qu’il cartonnerait, et surtout, pas autant (175 000 exemplaires déjà vendus, ndlr). J’étais déjà très heureuse qu’il marche bien, et puis il est en lice pour le Fauve d’or à Angoulême. Auprès des éditeurs, j'aurai déjà plus la cote, donc j’espère que sera plus facile de caler des projets.

L'album est sorti au bon moment (un mois avant Noël, NDLR). Puis, je me suis rendue compte que les gens n’en avaient pas marre de Thomas Pesquet. Ils l’aiment beaucoup. La BD a plu aussi parce que nous n'avons pas fait certains une hagiographie à la gloire du héros. J’ai appris plein de choses que j’ignorais sur le métier d’astronaute. Les lecteurs ont été surpris. Ils avaient un aperçu très lisse de Thomas Pesquet alors que moi, pendant deux ans, j’ai eu affaire à quelqu’un de très marrant, d’assez détendu, et de facilement abordable. Comme on est de la même génération, on riait beaucoup quand on se voyait, et c’est aussi ce que j’ai essayé de montrer. Les astronautes sont des gens très sérieux, mais en dehors du travail, très abordables.

Détail de l'affiche de l'exposition Marion Montaigne ramène sa science au Festival d'Angoulême 2018
Détail de l'affiche de l'exposition Marion Montaigne ramène sa science au Festival d'Angoulême 2018 / Marion Montaigne/FIBD 2018

L'exposition Marion Montaigne ramène sa science à Angoulême

L’idée était d’entrer dans ma tête. Ça va être extraordinaire ! (rires) On va montrer les étapes de travail. Comme j’ai un dessin rapide, assez jeté, et que je fais de l’humour, ça peut-donner l’impression que c’est facile. On peut m’imaginer à ma table de bureau en train de me marrer. Et de dessiner tout ça, très vite. Mais en réalité, il y a beaucoup d’étapes, beaucoup de ratés, de ratures. Je recommence quatre fois les choses. Pour faire rire les gens, je prends ce travail très au sérieux et c’est vraiment beaucoup de travail. Faire du gag, c’est laborieux, ça prend la tète, et ça demande de la concentration.
Bref, ce sont les coulisses du travail d’auteur présenté par thématique : médecine, biologie, vie spatiale, la mort… J’ai hâte de voir ça !

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